Mars’ Do

Mercredi 21 janvier 2004

Ils sont partout…

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Au sud du nord

Lundi 19 janvier 2004

La toute première fois, tout me semblait différent, incroyable, d’une autre saveur, d’un autre monde. Malgré tout, une impression de déjà vu, le sentiment de reconnaître ce que je voyais… J’étais comme un enfant découvrant le vrai sens des choses, sans vraiment les comprendre. Le couple qui était venu me chercher à l’aéroport de Mirabel, situé à une petite heure de Montréal, s’amusait de mon étonnement et de mon enthousiasme ; j’étais euphorique : après tout ce temps à y avoir rêvé, j’y étais, pour de vrai. C’était à peine croyable. Mon cadeau de Noël en novembre. Magique.

D’abord, ce blanc, partout, sur tout, aveuglant, scintillant. Des étendues de neige, à perte de vue, à n’en plus finir. Une vraie marée blanche. Puis ce ciel incroyablement pur, si bleu et lumineux, un océan en plein ciel. Et les maisons, les autos, les routes, les panneaux de signalisation… Puis Montréal, si nord-américaine avant tout, ses buildings de verre et de métal, ses résidences cossues aux façades travaillées et baroques, son ambiance si particulière, comme si la ville se foutait du reste du monde, vivant à son propre rythme, aux sons de ses beats hip-hop, house, rock ou afro, une city colorée, chamarrée, à l’odeur sucrée, épicée, à la population multiple, mais unique.

J’y suis allé touriste, j’en suis revenu autochtone. C’était ma ville, mon pays, mon univers. J’y suis retourné plusieurs fois, essayant de faire le voyage au moins une fois par an, voire deux fois. J’ai découvert ce monde que je voulais connaître, j’ai adopté ce pays que je voulais aimer.

Là devait être ma vie, et nulle part ailleurs.

Cinq années à y réfléchir, cinq longues années de questionnements, d’interrogations, à peser le pour et le contre, à trier le raisonnable du déraisonnable, tout ce temps pour me rendre compte que, depuis longtemps, mon choix était fait.

J’ai fait ma demande d’immigration, ai été accepté, suis parti.

Le 31 août 2001, je posai le pied sur le sol canadien en tant que résident permanent. Dans ma tête, soudain, tout était différent.

La ville, qui autrefois me paraissait si exotique, était devenue MA ville, familière, ordinaire. Ces lieux qui m’étaient au début inconnus, je les connaissais. Ma perception de ce qui m’entourait avait changé. La magie des débuts était ailleurs. Dans la nouvelle vie qui m’attendait et que je ne connaissais pas. Dans ma manière de l’appréhender, de l’anticiper, de la figurer après l’avoir rêvée…

D’ailleurs, je n’ai pas été déçu. Car tout a été bien différent de ce que je me suis imaginé, peu prévisible, inattendu.

Mais ça, c’est une autre histoire…

The God of the blog

Samedi 17 janvier 2004

Wow, y aurait-il un Dieu du blog ? Couché hier soir à 21 heures, levé ce matin à 6 heures… J’ai dormi d’une traite, neuf heures d’affilée, et me sens reposé, très en forme ce matin !

Pourtant, je me suis endormi hier soir sur le canapé, pendant presque une heure… C’était donc plutôt mal parti. Mais je suis malgré tout allé me coucher tôt, en me disant que c’était certain qu’au beau milieu de la nuit, je me réveillerai en pleine forme et finirai ma nuit comme un zombie… Point du tout ! Je n’en reviens toujours pas…

Du coup, le week-end s’annonce sous les meilleurs auspices. Il semble faire très beau, même si toujours froid (-30 avec le facteur vent présentement, soit à neuf heures du matin). Nous allons buller un peu (Cyril ne travaille pas cette fin de semaine), puis dans l’après-midi, nous irons faire quelques courses que nous nous ferons livrer (pas envie de porter les sacs par ce froid). Quant à demain, nous allons voir le spectacle de Gary Kurtz à 20 heures au Théatre St-Denis, un show d’illusionniste ou de magicien, je ne sais pas trop… J’avoue que je suis curieux de découvrir ce spectacle, car je n’ai aucune idée de ce qui nous attend. C’est assez incroyable, d’après ce que nous avons entendu dire, mais c’est tout. Nous ne devrions toutefois ne pas être déçus.

Et finir mon Nana de Zola, dans lequel je suis totalement plongé.

Dormir

Vendredi 16 janvier 2004

Bon, ça faisait longtemps.

C’est revenu, dès le début de la semaine. Je suis crevé le soir, fatigué à mourir. Cette fatigue qui chauffe le dessous des paupières et transforme la respiration en un souffle brûlant. Qui rend même toute activité cérébrale aussi improbable que la construction de la tour Eiffel en Lego. Ce genre de fatigue qui, normalement, assomme pour quinze ou vingt bonnes heures si l’on se laisse prendre par le sommeil. Bref, la grosse plombe, quoi.

Pourtant, j’aurai dû me méfier. Ne pas me coucher trop tôt, ne pas céder à la tentation. Essayer de tenir le coup, les yeux ouverts. Ne pas tomber comme une merde sur le canapé et m’endormir devant la télé à 19 heures. Car j’ai le sommeil si léger qu’il faut que je l’économise.

… Et pourtant.

Résultat : endormi plus d’une heure dans le sofa, puis émergence difficile, navigation au radar, tête dans le cul et tutti quanti. Forçément, pas évident ensuite de faire une nuit correcte et reposante. Réveillé vers deux heures du mat, je n’ai plus sommeil. Je zone dans l’appartement, regarde un peu la télé (pas trop fort pour ne pas réveiller Cyril), ou pianote sur l’ordi. Puis, vers cinq heures, je retourne au lit, en sachant d’avance que, debout une heure plus tard, il faudra tenir le choc toute la journée et que, le soir, je rentrerai crevé, et que ça va recommencer, que c’est le putain de serpent qui se mord la queue.

Je voudrais juste dormir. Profondément, d’une traite, s’il vous plaît. Si je peux.

Nous

Jeudi 15 janvier 2004

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À la Pierre et Gilles…

Juste dix minutes

Mercredi 14 janvier 2004

Crotte, j’avais envie de dire des trucs ce matin, mais je dois partir bosser dans dix minutes… Je n’y peux rien, l’envie de raconter, c’est comme ça, ça vient quand ça veut.

Tant pis, ce soir peut-être, si je ne suis pas trop crevé.

Puisque tu passes par ici…

Mardi 13 janvier 2004

Il est des rencontres incroyables que l’on fait au gré du hasard, et Fred en est une. Fred, rencontré sur l’Internet, au cours d’une de ces trop nombreuses fois où je m’empêtre dans les fils de la toile mondiale…

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Ce garçon n’est que grâce et l’élégance. Chose plutôt rarissime sur le Net. Un vrai dandy, à la beauté troublante. Et un artiste, un vrai. Je veux dire, pas juste un artiste dans l’âme, non. Un vrai talent de dessinateur que j’ai pû constater à plusieurs reprises… De vidéaste aussi, dans un style bien moins académique, mais tout autant fascinant.

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Une étrange connexion existe entre nous, une sorte de complicité muette, presque télépathique, qui ne s’exprime que par les mots qui nous relient. Il a une espèce de douceur qui me subjuge. C’est mon Oscar Wilde à moi.

Plaisirs simples

Mardi 13 janvier 2004

J’ai comme l’impression que je suis de bonne humeur depuis hier. Genre, vraiment de bonne humeur. Peut-être que ça ne durera pas, mais bon, autant ne pas y penser, et en profiter.

Pourtant, au boulot, j’aurais pû flancher : Déjà, le retour à l’agence ce matin après une belle soirée hier (J’en parlerai un peu plus tard), l’ambiance à la « J’te souris en pleine face, mais j’t'emmerde, car I am the king of the faux-cul », toujours d’actualité, et puis, mon écran d’ordinateur qui se prend pour un sapin de noël et qui s’allume, qui s’éteint, qui s’allume, qui s’éteint… Au point que, bon. Il faut faire quelque chose. Du coup, je récupère le moniteur du PC de Charles qui est flou, petit et laid (le moniteur, pas Charles).

Mais non ! Que nenni ! Je ne bronche pas !

Car :

J’ai un boulot, et même si nul, c’est mieux que rien. Au pays des hypocrites, les Grokons sont rois. Et mon écran qui ne fonctionne plus, je m’en tape, car j’ai pris ma journée de demain et FUCK’EM ALL ! Et rien que ça, ça me met de super bonne humeur. Ce qui est totalement crétin, car j’avais le week-end pour moi (enfin comme la plupart des gens en fait), mais l’idée de ne pas travailler alors que les autres bossent… c’est jouissif. (Je sais, ça ne colle pas vraiment avec ce que je dis plus haut sur le fait que d’avoir un boulot, c’est bien, mais j’assume, car je ne suis qu’incohérence).

Du coup, ce soir, en rentrant, j’ai fait une bonne bouffe à mon homme qui, lui, était crevé. Petites côtelettes de porc et tortellinis 3 couleurs, le tout arrosé d’une merveilleuse sauce à la crème, échalotes et vin blanc. C’était puissant. Et, après une pause d’une heure environ, fondue au chocolat avec fruits au sirop et biscuits. Et si j’entends « gros porcs », j’te balance le poêlon en pleine tronche. Malgré tout, c’était un peu trop, le coup de la fondue.

Mais j’avais juste envie de continuer sur ma lancée d’optimisme entamée hier soir.

Justement, hier soir.

En discutant avec Dan sur MSN, de tout et de rien, de conneries ou de choses plus graves, on s’est dit qu’on aimerait quand même bien se voir et que ça serait pas mal de passer la fin d’après-midi ensemble, à regarder la télé et à discuter, en attendant le retour de Cyril. Et puis, dans un élan fou, je lui propose qu’on aille au restau et que c’est moi qui l’invite. Alors, comme on n’est pas des pédés (sic), sitôt dit, sitôt fait… Le Fixx, bravant neige et tempête, se retrouve à la maison en un éclair (en fait, environ deux heures après, mais que sont deux heures face à l’immensité temporelle de notre univers ?).

On s’affale dans le canapé et l’un contre l’autre, et on regarde n’importe quoi à la télé (du genre, le spectacle de la francophonie avec plein de chanteuses et chanteurs québécois qui gueulent très fort). Puis Cyril arrive, et on se met à regarder un film (français) dont j’avais entendu parler et que j’avais depuis un moment envie de voir, sans trop savoir de quoi il s’agissait. « Filles perdues, cheveux gras ». Pas été déçu. Ça aurait pu être un gros nanar, mais non. Ce film est un spoutnik, une substance hallucinatoire imprimée sur pellicule, un ovni… C’est kitch, naze, totalement barré, mais tellement jubilatoire. On a tous les trois adoré, même si on n’a pas pu voir la fin, nos ventres criant si fort famine qu’ils nous détournent du spectacle télévisuel pour nous faire emprunter le chemin du restau.

Nous sommes allés à « L’entrecôte St-Jean », un bon petit restau dans le quartier chic et cher, rue Peel, et qui fait très français, même si, je crois, il se veut plutôt belge. Pas de choix, carte unique pour tout le monde : Soupe du jour (ou jus de tomates), salade verte, entrecôte sauce roquefort, frites, profiteroles au chocolat, café ou thé. Point barre. Au moins, les serveuses ne risquent pas la perte de mémoire… C’était vraiment bon. Simple, goûtu et de bon aloi, comme on dit. Et puis, cette ambiance de brasserie parisienne, moi, j’aime, ça me rappelle pas mal de trucs laissés derrière moi en France.

Et puis, parti sur ma lancée, je propose que l’on aille faire un tour au Stud (oui, au Stud !). Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un grand bar gay assez populaire à Montréal, dans lequel j’allais, assez souvent même, il n’y a pas si longtemps, et dont je me suis totalement lassé, devant le peu d’intérêt qu’un lieu comme celui-ci peut offrir. Surtout pour un type qui ni ne boit ni ne fume, comme moi.

Donc, direction le Stud.

Et bien, je n’ai finalement pas regretté notre petite sortie ! J’ai revu plein de monde que je connais et que je n’avais pas vu depuis un bon moment (au moins depuis cet été, puisque c’est grosso modo à ce moment-là que je suis sorti au Stud pour la dernière fois). Nous y sommes restés une bonne grosse heure et demie, et c’était vraiment sympa…

Puis, nous sommes rentrés, non sans avoir déposé Dan devant chez lui, satisfaits de notre belle fin de dimanche.

Voilà.

Il m’en faut peu pour être heureux !

Mars, et ça repart…

Lundi 12 janvier 2004

Quoi ? Alors c’est ça, Mars ?

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Et bien zut alors, c’est nul ! Un grand champ de pierres, plein de poussière… Même pas un petit truc bizarre, je ne sais pas moi, une plante qui pête ou une bestiole à 3 têtes ? Ça me rappelle le sud de la Tunisie, il n’y a vraiment pas de quoi fouetter un chat !

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En changeant un peu les couleurs, on se retrouve sur notre bonne vieille terre… Alors pourquoi dépenser tant d’argent juste pour s’extasier devant trois pauvres cailloux ?

Se souvenir des belles choses

Dimanche 11 janvier 2004

Moi, dans ma 205, de la belle house en fond sonore, traversant la Place de la Bastille totalement déserte à 5 ou 6 heures du matin en été, après toute une nuit de sorties et de débauche, et découvrant l’aube rose et tiède enveloppant Paris, baignant les édifices d’une lumière nacrée orange, et m’émerveillant de tout ce qui m’entoure et de l’instant suspendu qui m’attendait, magique, rien que pour moi, si privilégié.

Moi, enfant, au réveil le lendemain du réveillon de Noël, redécouvrant mes présents de la veille étalés au pied du lit, et savourant les chocolats de la traditionnelle boîte de Quality Street (sauf les oranges à l’orange et les roses à la fraise, beurk) et jouant avec mes cadeaux en me disant que, merde, c’est quand même chouette d’être un môme.

Moi, à la plage de la Nouette sur l’Ile d’Oléron, allongé sur ma serviette, ventre contre terre, les rayons brûlants du soleil me dardant le dos, regardant chaque grain de sable de si près qu’ils semblent être des pierres précieuses irisées de lumière, et écoutant le son étouffé des vagues s’écrasant mollement sur la plage, et les cris lointains des enfants qui jouent, l’odeur chaude et musquée des pins de la forêt dans le nez.

Moi, fou de joie de ramener avec mon père notre première télévision couleur, et y découvrant, émerveillé, le dessin animé « Tarzan » avec toutes ces couleurs incroyablement chatoyantes, du bleu, de l’orange, du vert, du rouge, du jaune, du mauve…

Moi, toujours avec cette télé, découvrant plus tard en collant mon visage contre l’écran, les petits bâtonnets lumineux rouges, verts et bleus, collés les uns contre les autres, et qui clignotent au gré du mouvement des images qu’ils composent.

Mes premières vacances sans mes parents, à l’Ile d’Oléron, dans notre maison à la Méchinière, avec mes copains d’école Stéphane et Dominique (et Éric, venu nous rejoindre plus tard), tous partis de région parisienne avec la LNA de ma mère, et ce bain de minuit à la Nouette, où, dans l’eau et dans l’obscurité, chaque gouttelette est lumineuse quand on nage… Et l’oubli de ma chemisette sur le toît de la voiture quand nous sommes repartis de la plage, une chemisette toute neuve, perdue à jamais.

Mes virées à moto, ma belle CBR, dans Paris, et nos jeux cons avec les copains, nos courses dangereuses entre les autos (180 le vendredi soir sur le périph’ , c’est crétin, mais ça le fait grave), notre folie, notre incroyable dextérité et notre talent de pilotage (n’ayons pas peur de le dire)… Et surtout, l’impression d’être un super héros lorsque, caché sous ma combinaison, arrêté à un feu rouge à côté d’une voiture où des gamins me regardent sur ma machine, les yeux écarquillés, un grand sourire sur leur visage, et que je fais rugir le moteur, rien que pour eux, et que je devine sur leurs lèvres dire « hé, regarde papa ! Regarde la moto, wouah, qu’elle est belle ! », et qu’enfin, lorsque le feu passe au vert, je pars comme une bombe, en faisant fumer mon pneu arrière et lever ma roue avant, c’est mon cadeau fait à tous ces gamins, car leur visage, à cet instant, vaut tous les présents du monde. Les motos chantent fort pour que tous les enfants puissent les entendre.

Ma petite chienne labrador, Goudy, qui me manque tant.

Les lézards qui se font chauffer au soleil sur les tuiles et les pierres brûlantes de la maison de la Méchinière en été.

Les bulles de goudron qui se forment sur la route, dues à la forte température, et que j’éclatai avec mes sandalettes en marchant dessus, faisant de grosses tâches noires sous mes semelles.

Traire les chèvres et boire leur lait chaud et fort en pressant le pis directement dans ma bouche.

Le visage de ma mère et le son de sa voix, que j’oublie de plus en plus.

Mon exposition de peinture que j’ai monté, seul, à 15 ans, et ces papiers élogieux dans les journaux, dont Le Parisien.

Voir pour la première fois les gens danser en club sur ma musique sans que personne sache que c’est moi qui en suis l’auteur, et se sentir fier et fort, se sentir le roi.