De la difficulté ou non d’aimer
Mercredi 30 juin 2004
Un ami – que j’estime beaucoup au demeurant – vient de faire un bien triste constat.
« C’est dur d’aimer ».
Violent.
Est-ce vraiment si dur d’aimer ? Et puis, d’aimer qui, quoi ?
La difficulté n’est pas d’aimer. C’est de trouver de quoi, de qui aimer. L’amour, en tant que tel, est naturel, spontané. Doit l’être, en tout cas. Ce n’est ni un effort, ni un acte réfléchi.
Aimer quelqu’un n’est pas le plus difficile. C’est de trouver ce quelqu’un, digne d’être aimé, qui l’est.
Cet ami souffre de ne trouver l’épaule où poser la tête, le regard où se perdre. C’est pourtant une belle personne, généreuse, sincère, honnête. Des valeurs que quiconque recherchant l’âme sœur rêverait de trouver. Mais à trop vouloir aimer, on en oublie l’amour. Peut-être est-ce là le problème.
Il a peut-être raison. C’est dur d’aimer.
Grokonar
Dimanche 27 juin 2004
Un jour de la semaine dernière, 15h30, heure française.
- Allo ?
- Allo, M. ? Salut, pardonne-moi de te déranger, c’est Marc de Montréal…
- Marc ? Heuuu…
- Oui, Marc, tu te souviens ? Je suis passé avec un ami l’autre jour à ta librairie, et on a discuté pas mal sur plein de trucs…
- Heuu, attend, Marc… J’en connais plusieurs, là…
(T’as l’air emmerdé, là…)- Ben on avait parlé du bouquin de Michel Tremblay qui est épuisé en France, et du fait que je pouvais t’en faire parvenir quelques-uns, ainsi que d’autres choses que tu ne trouves pas facilement à Paris…
- Ah ouais ok, Marc, ouais ça y est, je me souviens… Et je t’ai donné le numéro de mon portable ?
(Non, andouille, j’ai tiré une série de chiffres au hasard, et je suis tombé dessus !)- Ben heu… Oui, enfin tu m’as donné ta carte avec ton numéro dessus, oui.
- Aaaah, ben dis donc, je suis quelqu’un de bien, moi…
(Ah ouais ? Sans blague ?)- Heuuu, oui, oui sans doute… Je ne te dérange pas là ?
- Ben en fait, si, un peu, je suis au resto, je suis en train de déjeuner là…
(À 15h30 ? Tu te fous de ma gueule, ou juste à peine !)- Ah bon, ok, scuse, ben je te rappellerai plus tard alors, faut que je te parle d’un truc…
(C’est un truc sérieux et professionnel, blaireau, pas un appel pour savoir quand je peux te pratiquer ton petit cul, d’autant qu’à 6000 Km de distance, ça serait présomptueux de ma part… Si tu filais pas ton numéro à n’importe quel mec avec qui tu veux coucher, tu saurais faire la différence entre un appel sérieux et une baise potentielle, trouduc…)- Oui, ok c’est ça, rappelle plus tard !
(Ben tiens)- Ok, salut !
- …
Connard.
Belle cousine
Samedi 26 juin 2004
Our cheap american dream
Vendredi 25 juin 2004
Nous avons passé une petite soirée super sympa hier. On s’est fait un drive-in. Comme dans les films américains. Maintenant que nous avons notre voiture et que nous pouvons faire ce que nous voulons, quand on le veut… C’était inévitable, le drive-in, il fallait bien que ça arrive un jour !
Eh bien voilà, c’est arrivé hier soir.
19 h 45, direction le Ciné-parc de Laval, près de l’autoroute 15. Après avoir raté deux fois la sortie 14 (J’étais persuadé qu’il fallait prendre la sortie 15, qui n’existe pas, d’ailleurs… On passe de la 14 à la 16 directement, en toute logique…), nous nous retrouvons aux caisses… Des files de voitures, patientant les unes derrière les autres (ce qui est le propre des files d’attente, il faut dire) pour acheter le précieux billet qui leur permettra de voir le film choisi (en fait, deux films, projetés l’un à la suite de l’autre, car si en même temps, sacré bordel pour comprendre quelque chose, CQFD). 8,50 $ par personne, nous sommes deux, donc 17 $. Ce qui est raisonnable, étant donné qu’à ce prix-là, deux films sont offerts (pour ceux qui ne suivent pas).
Aucun souvenir du titre du premier film que nous choisissons de voir (une histoire de deux types blacks du FBI qui se déguisent en sorte de Paris Hilton pour leur enquête, un film pour ados prépubères décérébrés, mais nous nous sentons l’âme potache ce soir). Quant au deuxième film, encore moins. En fait, on était pour voir Schrek 2, mais il ne joue pas le jeudi.
21 h 10. Nous passons le barrage des caisses, suivons le panneau 1, qui désigne l’endroit où l’œuvre, sans doute impérissable dans toutes les mémoires de ceux et celles qui l’auront vue, doit être projetée. Le lieu est encore peu occupé, juste 7 ou 8 véhicules sont garés face à l’écran géant. Nous nous trouvons une place bien située, je coupe le moteur, et commençons à observer les lieux.
À notre droite, une espèce de gros 4 X 4, stationné à l’envers, le coffre ouvert vers l’écran. Visiblement, les occupants vont s’affaler à l’arrière du véhicule pour regarder le film. À notre gauche, une voiture, banale, avec un jeune couple. La pénombre qui s’installe nous empêche de détailler les autres voitures stationnées.
Nous sommes excités par l’endroit, la situation. Nous avons 15 ans.
Le côté un peu cheap et beauf du truc me plaît, il ne manque plus que le pop-corn et les cocas, et nous serons vraiment dans le bain jusqu’au cou. D’ailleurs, il reste une vingtaine de minutes avant que le film ne débute, je m’inquiète du lieu où trouver de quoi nous restaurer pendant la projection. Je sors donc de la voiture, et me dirige vers une bâtisse illuminée, visiblement l’endroit où acheter nos victuailles. En effet, je me retrouve dans une sorte de grande salle avec de longs comptoirs. Un seul semble opérationnel, d’ailleurs des gens font la queue.
Je me place derrière un type, look T-shirt crade-short trop grand-sandales en plastique du plus bel effet. Par contre, l’homme est superbe. Mais je ne me détourne pas de ma mission première, m’enquérir de bouffe. Je déchiffre tant bien que mal le panneau des combos, et me décide pour le « super géant » : un sac de pop-corn d’environ 245 kilos, et deux sodas d’à peu près 10 litres chacun. Au dernier moment, je me saisis d’une boîte gargantuesque de « onion rings », histoire de faire genre comme. Je paie, puis retourne au stationnement. Enfer et damnation. Il pleut. Je me dirige tant bien que mal vers la voiture, la boîte de bouffe dans les mains, les serviettes en papier s’envolant tout autour de moi. Cyril m’aperçoit, m’ouvre la portière, il est mort de rire. On se marre, on est en plein délire. Nous avons 12 ans.
Puis on s’installe. Je syntonise l’auto-radio sur la fréquence où la bande-son de notre film doit être diffusée, nous inclinons nos sièges en position allongée, et attendons que la projection débute en bouffant du pop-corn. La pluie, qui jusque-là était cordiale, amicale, décide qu’elle doit se faire plus présente. En fait, il tombe des cordes, des éclairs déchirent le ciel. Ça promet.
L’orage qui commence nous excite encore un peu plus, on raconte plein de conneries, et je me demande si le couple dans la voiture d’à côté va se mettre à baiser pendant le film, faisant tanguer leur voiture, les vitres embuées, comme dans les films d’ados. Nous avons 9 ans.
21 h 30, le film est supposé commencer. Sur les autres écrans, les projections ont débuté. Pas sur le nôtre. Les klaxons commencent à retentir, les appels de phares illuminent le stationnement de partout. On s’impatiente, on s’énerve. Puis, un grésillement dans l’auto-radio. Le son retentit, le film commence. Les essuies-glace balayent le pare-brise, chassant la pluie et nous laissant voir l’écran.
Le film est con, le temps est pourri, il fait chaud et humide, bref, on jubile.
Au milieu du film, grosse envie de pisser. La pluie a cessé, je vais donc me soulager derrière un autre écran, à quelques dizaines de mètres de notre stationnement. Pour ceux qui ne connaissent pas ça, pisser en plain air en matant un film crétin sur un écran géant avec plein de voitures devant, c’est l’expérience ultime, totalement jouissive.
Je retourne à la voiture. Je l’avais quitté en chaussures, j’y reviens en moonboots : environ 15 cm de boue et de sable sont collés sous mes semelles. Je récupère la boîte où se trouve la bouffe pour y mettre mes chaussures. Hors de question de saloper la voiture toute neuve.
Le film continue, puis s’achève.
Il est 23 h 40, nous décidons de ne pas rester pour le film suivant et de rentrer, comme font 60 % des véhicules sur le parking, d’ailleurs.
Dimanche, ils passent Schrek 2. C’est sûr, on y retourne ce week-end.
Sur la route
Jeudi 24 juin 2004
Lui
Mercredi 23 juin 2004
Il est là, à ma gauche, tout près de moi. Il dort.
Tourné vers le bord du lit, légèrement de côté, la tête posée sur l’oreiller calé sur son bras gauche, l’autre bras replié, la main sur le front. Il respire doucement, calmement, régulièrement. La couette ne cache que ses jambes, laissant découverts ses fesses et son large dos… Tiens, il s’agite, se retourne sur le flanc. Son visage est maintenant dirigé vers moi. Il semble dormir profondément. Je sens son souffle effleurer mon bras alors que je tape sur le clavier. Je le regarde, étudie ce visage que je connais par cœur… Ses narines frémissent au rythme de sa respiration, ses lèvres entrouvertes appellent le baiser…
Un ange dort près de moi, et moi, je suis au paradis.
C’est bô la vie !
Dimanche 20 juin 2004
Gros poisson
Vendredi 18 juin 2004
Le générique de fin est encore en train de défiler sur l’écran alors que j’écris cette note. Je viens de regarder le film de Tim Burton, Big Fish. Et je ne peux tarir mes larmes.
Merde, comment est-il possible qu’une fiction puisse autant se fondre avec la réalité ? Cette histoire, c’est celle que je viens de connaître avec mon père. Même début, même déroulement, même fin…
Moi non plus, je n’ai jamais été sur la même longueur d’onde que lui. Moi aussi, j’ai toujours considéré sa vie comme tellement loin de la mienne, de mes réalités à moi. Nous avons vécu ensemble sans jamais nous croiser ni nous comprendre. Seule sa maladie nous a réunis, seule sa mort m’a fait comprendre qui il était vraiment.
Tomber aujourd’hui sur ce film dont j’avais entendu parler, sans en connaître le sujet, est troublant. Il porte un message que je déchiffre sans doute plus que quiconque. Ce n’est, en tout cas, pas l’oeuvre du hasard.
C’est tout simplement impossible.
Cheugueurfri
Mercredi 16 juin 2004
C’est terrible, j’ai grossi.
Je veux dire, j’ai VRAIMENT grossi. Un peu moins de dix kilos. Du coup, je déteste tous les minces et les bien foutus du monde, les mecs qui rentrent dans leurs fringues sans faire l’anguille, ceux qui connaissent les chiffres inférieurs à 48, ceux pour qui la lettre X n’est jamais associée au L et qui ne leur font penser qu’à un film de boules où, d’ailleurs, les protagonistes ne sont jamais en surcharge pondérale.
Je les hais. Qu’ils brûlent tous en enfer.
Moi, ce sont mes calories que je voudrais brûler… Mais je veux le beurre et l’argent du beurre. Maigrir sans faire de régime. Car je n’arrive plus à résister à rien. J’essaye pourtant, sans trop de succès. Je ne demande pourtant pas grand-chose, juste quelques kilos en moins, 5, ou 10, ou 20… Est-ce trop demander ?
Alors, comment faire ? M’enfoncer le tuyau de l’aspirateur dans le derrière, si loin qu’en mettant l’appareil en marche, il finira bien par aspirer mes graisses ? Me découper le lard et me sculpter la silhouette dont je rêve ?
J’ai pourtant déjà été mince. Si si, j’ai des preuves. J’ai retrouvé des photos (qui datent, il est vrai) qui attestent de ma bonne foi. D’ailleurs, je ne me suis pas reconnu tout de suite. Il m’a fallu un gros effort de mémoire pour me souvenir que, oui, j’ai connu, du temps de l’insouciance, un rapport taille/poids idéal.
Mais bon, ça fait un bail.
J’ai pourtant déjà perdu du poids. Si si, il faut me croire. J’étais allé voir un médecin nutritionniste, il y a une bonne dizaine d’années. Il m’avait prescrit un régime drastique, à base uniquement de fromage blanc 0 %, associé à un traitement médical. J’ai perdu 18 kilos en deux mois. Je ne me reconnaissais pas dans le miroir. Plus un vêtement ne m’allait. Déprime. J’ai tout arrêté.
Maintenant, c’est la merde.
Alors, j’essaie de bouffer des salades, des crudités, de la viande grillée, des trucs faibles en gras, allégés, édulcorés, lightés, cheugeurfriés.
Moi aussi, je veux ma place en enfer.
Sunday, sunny day
Dimanche 13 juin 2004
C’est vrai que c’est chouette ici… Surtout lorsqu’il fait beau, comme aujourd’hui. L’avenue est calme, sereine, les trottoirs sont encore vides de monde, les terrasses sont prêtes. Je crois qu’il va faire chaud.
J’ai plutôt bien dormi. Réveillé deux ou trois fois dans la nuit, mais je me sens bien ce matin.
J’ai aimé me retrouver chez moi. C’est bizarre, j’avais un peu oublié comment c’était, j’ai presque redécouvert l’appartement. Cyril avait fait le ménage (très sommairement je dois dire) et rentrer chez soi sans avoir l’impression d’y vivre seul est très agréable. C’est ce qui m’a manqué ces deux mois durant. Cette sensation de solitude, partout. Pourtant, j’ai toujours été un garçon solitaire. Mais on s’habitue à la vie de couple, plus vite et plus fort qu’on ne l’imagine. Et c’est bien.
De plus, l’idée d’avoir encore presque trois mois sans revoir ces cons au boulot est totalement jouissive. Et puis, on ne sait jamais, si mon entretien de mercredi aboutissait ? Ça serait trop génial… J’ai le droit d’y croire, ça ne coûte rien. Je me sens l’esprit positif, comme si tout était possible, sans barrière ni limite, sans frein ni anicroche.
Je crois que j’ai envie de vivre.


