Monsieur Relou

Vendredi 30 juillet 2004

J’ai très envie d’écrire quelque chose, là, d’un coup. Alors, je l’écris.

Je viens de faire une terrible constatation sur moi-même : je suis super inconstant. Je décide des trucs, et au dernier moment, je laisse tomber. Plus envie.

Comme là, par exemple.

On avait prévu, Cyril et moi, de sortir ce soir au centre-ville, profiter qu’il y a du monde in town ce week-end de gay-pride, pour, genre, « socialiser » (comprendre : aller dans un bar, voir un peu qui est là, anciennes têtes, nouvelles têtes, regards, enfin bon, le truc classique qui fonctionne chez les homos). Bref, socialiser, quoi.

Je suis donc allé chercher Cyril à son boulot à 16 h 30, on est rentré, lui prend sa douche, moi, je bouquine un peu dans la chambre… Cyril vient me rejoindre, on décide qu’on ira manger en ville un peu plus tard, et qu’on se repose en attendant. Et puis, Brent et John doivent téléphoner pour nous informer qu’ils sont arrivés à Montréal et pour qu’on aille les rejoindre quelque part, donc pas la peine de se presser. Du coup, Cyril regarde un DVD (je ne dis pas quoi, j’ai honte), et moi, je m’endors sur son épaule. Belle image tendre et bucolique. Que c’est bôh.

Sauf que.

Sauf que je me réveille, il fait lourd, il y a de l’orage, il pleut, j’ai plus envie de sortir.

— « Ouais, bon ben OK, on n’a qu’à rester là alors, pfff… ». Cyril, pas content.

Je lui dis que, si, OK, on va sortir quand même… Il rétorque que non, non, tant pis, on reste là, piçétou. Alors, je lui dis OK, on reste là.

Donc, on reste là.

Surtout que Brent n’a pas téléphoné. Et que Forrest, qu’on devait éventuellement voir plus tard, appelle pour dire que, lui non plus, ça ne lui tente pas de sortir. Youpi. Plein de bonnes raisons de rester à la maison.

De coup, j’ai gagné, j’ai ce que je veux. Mais c’est là que. Du fait que j’ai ma victoire (super facile en plus), ça ne me satisfait pas. J’ai re-envie de sortir. Style, histoire de faire chier. Le mec pénible quoi. Mais bon, je me vois mal dire à Cyril qu’en fait, j’ai changé d’avis, que finalement, pourquoi pas sortir, c’est tellement chouette la pluie, les bars enfumés, les gens entassés, les mains au cul, tout ça.

Donc, je ne dis rien. Donc, on va rester ici. Donc, on va se faire chier à la maison.

C’est comme ça pour tout. J’ai envie d’un truc, et cinq minutes après, plus envie. Je veux voir quelqu’un, et quand le rendez-vous est pris, je ne veux plus y aller. On prévoit aller au resto ? Ça m’emmerde. On reste manger à la maison ? Je veux sortir. Il fait beau ? Je veux lire, affalé sur le canapé. Il pleut ? J’ai envie d’aller m’allonger dans le parc… Je suis pénible. Je me fatigue moi-même. Moi, pourtant si charmant, si aimable, si…

Et puis là, je n’ai plus envie d’écrire, tiens.

Le meilleur vient d’arriver ?

Lundi 26 juillet 2004

Je viens tout juste de le recevoir, à l’instant même. Je ne le pensais pas si épais : presque cinq cents pages.

Le bouquin de la miss Maïa en jette, c’est sûr. Il impressionne, avant même l’avoir ouvert. La couv’, peut-être. Enfin, il est là, on va le lire. Il faut dire qu’elle en a parlé, de son livre. Elle nous a même un peu saoulés avec ses histoires d’éditeur, d’attaché de presse, de mauvaise distribution. N’empêche que. Je l’ai trouvé sur le site de la FNAC, l’ai commandé, et le voilà.

J’ai lu le résumé, sur la 4e de couverture… Ouais. Ça promet. Ça donne envie. Malgré le fait que cette fille m’énerve toujours un peu quand je la lis, même si elle écrit vraiment super bien, j’avoue aimer ça. Mais il ne faut pas le lui dire, ça lui ferait plaisir. Et puis, sa photo à l’arrière du bouquin, avec ce petit sourire à peine moqueur qui me nargue, se fout de moi, me juge et me jauge, me prend pour un pauvre crétin, un sombre imbécile… c’est délicieusement irritant. Voluptueusement provocant. Salope, va.

Ton roman, il a intérêt à être bon. À être fort. C’est la moindre des choses, non ? Ce n’est pas là, maintenant, que tu vas me décevoir, je sais bien ce dont tu es capable. Et puis, ça serait bien étonnant de ta part…

Je feuillette le bouquin, rapidement, juste comme ça, pour voir.

L’odeur forte de l’encre fraîche me viole les narines.

C’est un bon début.

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Le pire est avenir de Maïa Mazaurette
Éditions Jacques-Marie Laffont
Disponible sur le site de la Fnac
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Tristes fantômes

Mercredi 21 juillet 2004

J’attendais ce moment avec appréhension… On vient de me téléphoner. Les affaires qui étaient chez ma grand-mère et que j’ai fait expédier quand j’étais en France viennent d’arriver à Montréal.

Et voilà, je suis stressé, angoissé. Pas seulement par l’idée qu’il va falloir vider la quarantaine de cartons, trouver de la place pour tout ce qu’ils contiennent. Non. Mais maintenant, ma grand-mère va habiter chez moi. Son service à café art déco. Sa pendule. Son mannequin de couture. Ses dentelles et ses napperons. Ses draps brodés et ses foulards. Elle va être ici, avec nous. Présente, et invisible. J’ai un peu de mal…

Parce que je me souviens quand ma mère est morte. Quand mon père avait décidé qu’il fallait que je quitte mon appartement, et que je reprenne la maison où il vivait avec ma mère, alors que lui partait vivre sur l’île d’Oléron. Que tout les meubles, leurs meubles, leurs affaires, étaient encore là. Les vêtements de ma mère. Son odeur. Ses plantes, ses fleurs, dans ses jardins. Ses livres, ses bibelots, ses petites choses rangées dans les tiroirs, sur les étagères des armoires…

Ma mère. Partout, tel un reproche, une accusation. Comme si, pour me punir de ne pas avoir été là, je devais maintenant subir son absence, insupportable, tous les jours, à chaque minute de ma vie, dans cette maison.

Ça a duré 4 ans. Quatre années à pleurer en ouvrant un tiroir et en y découvrant quelque chose lui appartenant. Quatre années à ne pouvoir aller dans leur chambre. Quatre années où je la voyais partout.

Je ne l’ai évidemment pas supporté. J’ai tout changé. Fais des travaux. Demandé à mon père de venir chercher ses meubles. Cassé des murs. Construit d’autres. Changé le plancher, transformé les murs, repensé l’espace et la décoration. Arraché ses plantes et ses arbustes, replanté d’autres. Ceux qu’elle aurait aimé avoir, bien sûr. Mais à mon idée. Ai mis de la lavande perroquet, mauve et blanche, devant la maison, à l’odeur puissante et enivrante, pour m’aider à oublier la sienne, peut-être, sans doute. J’ai alors commencé à vivre, sans angoisse, sans scrupule. Mais ça a été long.

Aujourd’hui, la maison appartient à des étrangers. Mais ils n’ont que la maison. Ma mère l’a définitivement quittée. Avec moi.

Oui, bon, ok.

Mardi 20 juillet 2004

Ça va, ça va hein, j’arrête de faire du boudin, pffff…

Je sais, je m’emporte vite, bon, et puis quoi ? Ça fait partie de mon charme ça, c’est même ma marque de fabrique. Le label qui voit rouge, le fragile material don’t crush don’t drop please. Moi, je suis juste une grosse bête fragile, une canette de Coca vintage cabossée, un vieux sac Muji un peu déchiré de partout mais qu’on n’arrive pas à jeter, et puis le papier brun japonais ça fait tellement clâââââsse…

Bref, un truc qui sert à rien mais qu’on aime bien quand même, brave gars…

Mais bon, ‘tention hein. ‘Tare ta gueule à la récré.

Sigh

Lundi 19 juillet 2004

Je m’étais levé ce matin avec la bonne pêche, et l’envie d’écrire un truc assez perso, qui me tenais à cœur, et puis voilà… Il s’est passé que. Et maintenant, je n’ai plus envie d’écrire. En fait, je ne suis pas du tout sûr d’avoir encore l’envie d’écrire quoi que ce soit ici.

Parce qu’on se livre à soi-même, mais qu’on ne se connaît jamais totalement.
Parce qu’on se livre aussi aux autres, et qu’on est jamais vraiment compris.
Parce qu’on se donne des buts, et qu’ils sont finalement, pour la plupart, vains.
Parce qu’on se persuade de choses sans jamais y croire vraiment.
Parce que finalement, à quoi bon.

Que ce monde tourne seul, sur lui-même, et qu’il continue son petit chemin. Moi, j’ai envie de prendre une autre route, de mettre les voiles.

J’ai envie de simplicité. De soleil dans ma chambre le matin et de lumière dans ma tête pour la journée. Je vous laisse les croûtes et les nécroses. Le pus et les glaires. Je garde le meilleur pour moi. Juste pour moi.

Et pour personne d’autre.

Cul-tural city

Dimanche 18 juillet 2004

Y ’a du mâle en ville. Du vrai, du dur, du tatoué.

Montréal est définitivement une ville rose. Pratiquement toute l’année, mais surtout en été.

Ça a commencé tout début juillet, avec le Festival des Arts du Village, une sorte de foire de rue de trois jours, où des artistes gays, peintres, sculpteurs, illustrateurs, artisans, exposent leurs « œuvres »… En fait, un gros bric-à-brac un peu bordélique, très amateur, où l’on cherche surtout à se faire du fric en vendant des trucs assez improbables. Juste 20 ou 30 % de ce qu’on y découvre est réellement intéressant, et deux ou trois types, vraiment talentueux. Mais vraiment. Ça reste toutefois une petite manifestation agréable, une bonne occasion de balade. Et puis, j’y ai revu Guy et son sourire.

Puis, cette semaine, débute d’autres festivités : un festival (je crois) de chœurs gays, venus pour la plupart de villes nord-américaines. Sainte-Catherine pullule de bombes depuis deux jours. Ça ne va pas faire que chanter, visiblement. Le carnet de rendez-vous est d’ailleurs assez chargé. On veut nous voir. Pour nous donner des cours de chant ? J’en doute. Mais bon. On verra. Cela dit, je vais chercher en fin d’après-midi un californien, qui reste à Montréal pour la semaine. Dois-je dire qu’il est superbe ? Inutile, je ne fréquente que des canons, en toute modestie, bien sûr. Et puis, j’adore chercher des gens aux aéroports, je trouve ça cool, les aéroports, les avions, tout ça. Je dis bien : les AÉROports. Pas les ARÉOports, comme on dit ici. Les arrêts aux porcs, ça sera peut-être pour plus tard, au fond des bars.

Les aéroports, donc, c’est vraiment sympa. Y’a plein de monde qui arrive, qui part, en transit, en escale, pis des avions surtout. Ben oui. Si c’était des bateaux, ça s’appellerait un port. Mais ce sont des avions. Donc, c’est un aéroport. Mais je m’égare (de triage)…

Et dans deux semaines, début août, c’est le délire, la folie, ze joyeux show, la Gay Pride et tout et tout. Moi, je reste planqué à la maison. Je sors pas. Non, non et non. Parce que marcher dans la rue et se sentir comme un morceau de viande sur un étalage quand les mecs font leur marché, non merci. Très peu pour moi. Non pas que j’aime pas ça, mais y’en a trop, je saurai pas quoi faire avec tout ce monde-là. Et puis même, on va juste voir les potes qu’on a envie de voir et qui seront là pour l’occasion, et basta. Le cul, oui. Mais dans la dignité et la fraternité. Non, mais, on n’est pas des bêtes hein, quoi, bon.

..Si ?

Une fille bien

Jeudi 15 juillet 2004

Ça y est, ma patience a des limites, je vais me tirer de 20six.

Tout merde. Rien ne fonctionne plus. Ça déconne trop et je perds mon sang froid. Alors je demande de l’aide. À quelqu’un qui m’avait tendu la main, que j’avais violemment repoussée. Me voilà penaud. L’histoire de l’arroseur arrosé, en quelque sorte.

Mais les gens intelligents savent se comprendre, se pardonner, s’aimer même. Alors bon. On s’est expliqué, de longues heures à s’écrire, se parler. À se découvrir. À se comprendre. C’est une fille bien. Avec une voix douce et légère, attendrissante. De petite fille, presque. J’avoue que je ne m’attendais pas trop à ça. En fait, je ne m’attendais à rien en particulier. Mais surtout pas à ça… Bonne et belle surprise. Une fille bien, et moi, je suis un sale con.

Car j’ai fait la plus grosse, la plus énorme connerie de ma vie. Ou plutôt, non. Je me suis laissé totalement emporter, comme d’habitude. Je suis un sanguin, moi, Monsieur. J’ai du sang latin, rouge foncé et vigoureux, fort et violent. Je suis un passionné, un impulsif qui se contrôle. Mais pas toujours. Comme là.

Sauf que, cette fois, ça portait à conséquence. Ça impliquait des gens. Et j’ai fait du mal. Sans m’en rendre compte. Je ne le supporte tout simplement pas. Maintenant, j’ai honte, terriblement.

Alors j’ai essayé de réparer, du mieux que j’ai pu. Oui, j’ai mes idées. Oui, je les revendique, et non, je n’en ai pas honte. Mais non, je ne suis pas un salaud. Je refuse de l’être. Même si l’on est toujours le salaud de quelqu’un… C’est inévitable… Mais pas d’elle.

Elle m’a pardonné. Je l’aurais accepté si elle n’avait pu. Car elle aurait eu raison. Mais elle a tout effacé, d’un simple revers de la main, malgré le mal que je lui ai fait.

Aujourd’hui, il fait beau. À Montréal comme à Québec.

Humani Nihil a me alienum puto

Lundi 12 juillet 2004

Il ne faut pas croire tout ce que l’on dit. Ne jamais écouter les autres. Juste prendre note. Tenir compte de. Puis se faire une idée. Sa propre idée. Et s’y tenir. Où pas. S’autoriser à retourner sa veste. À être de mauvaise foi. La mauvaise foi est une preuve d’intelligence. De quasi-supériorité. Pas la diplomatie. La diplomatie est la politesse des hypocrites. La pommade des faux-culs. Où pas. C’est selon. Selon ce que l’on est, finalement. Bon ou mauvais. Ou les deux. Savoir en jouer. Profiter de l’ambivalence de la situation. Jouer de l’ambiguïté. Jongler avec la mauvaise foi, encore. Et encore. Et toujours. Faire preuve de pusillanimité. Lorsque c’est utile. De lâcheté. Lorsque c’est indispensable. Car la lâcheté est une preuve de courage. Où pas. C’est selon. Selon ce que l’on est, finalement. Finir par se faire confiance. Peu importe la méthode. S’écouter. Se comprendre. S’obéir. Ne pas se trahir. Et agir, tel qu’on le désire. Sans se formaliser. Sans de dérober. Juste parce qu’on en éprouve le besoin. Sans se fier aux apparences. Sans penser au jugement des autres. Sans les regarder. Ni même les voir. Où les écouter. Car il ne faut pas croire tout ce que l’on dit. Ne jamais écouter les autres. Juste prendre note. Tenir compte de.

Et agir.

Ami lecteur, je t’aime !

Vendredi 9 juillet 2004

Il paraît que je suis lu ! J’en reviens toujours pas…

Hier soir, j’étais sur un site Internet, à discuter avec des amis, lorsque je reçois un message d’un type (‘achment sexy d’ailleurs, je le sais, il y a des photos) qui me dit simplement qu’il lit mon blog et qu’en plus, ça lui plaît, il aime ça, le bougre.

Moi, dans ma grande naïvetude (J’invente les mots que je veux, quand je veux, je viens de décider ça, pis si t’es pas content c’est le même prix, banane), je pensais que personne ne me lisait (enfin à part 2 ou 3 potes, mais juste parce qu’ils sont des potes et que les potes, ça fait des trucs super désintéressés comme, genre, lire les blogs d’autres potes, où jamais t’appeler pour prendre de tes nouvelles, des machins comme ça, quoi).

Ben non, on me lit.

Bon, j’avoue qu’il y a quelques commentaires de gens que je ne connais pas personnellement, mais rien de bien significatif, comparé à certains blogs où un petit post à la con, style « J’ai pas sommeil », « ta sœur en short au supermarché » ou encore « Je vais faire les boutiques avec mon chat Lucette » génère 27541 commentaires. Incompréhensible.

Moi, je n’ai rien de spécial à dire aux autres, ce que j’écris dans mon blog, je l’écris surtout pour moi. Acte purement égoïste. Peut-être pour garder une trace, ou juste pour le plaisir d’écrire. En fait, j’en sais rien. Je pourrai le faire dans un cahier, mais non, faut un crayon, pis du papier, pis quand on se plante, faut effacer ou raturer, c’est fatigant. Pis j’ai 4 ordis ici, je vois pas pourquoi j’irai me faire chier à faire des trucs de pauvres, on est au 21e siècle, c’est l’âge où on compte les cailloux dans les anneaux de Saturne, où les frigidaires passent le TV-Achat en boucle et où les voitures parlent toutes seules (je le sais, la mienne le fait), alors exit les papiers en bois et les stylos qui fuient, on est pas des Cro-Magnon, c’est fini la guerre du feu, moi j’veux d’la technologie, du tout fait, du facile, je suis un assisté et j’aime çaaaaaaaahhh !

Alors bref, quand un gars me dit « je te lis, j’aime ce que tu dis et ta manière d’écrire », ben… ouais, mon vieux.

Ça me troue le cul.

Mystère et boule de gomme

Mercredi 7 juillet 2004

Quatorze heures, cet après-midi. Mais je dois me présenter trente minutes plus tôt, car on veut me voir, me parler, avant le vrai rendez-vous.

Contre toute attente, c’est mon deuxième entretien.

J’avoue ne pas avoir été spécialement brillant lors de la première entrevue. Du moins, c’est mon sentiment : tout juste rentré de France, très fatigué, sans doute encore sous le coup des événements et, de plus, peu d’infos sur mes interlocuteurs. C’est difficile de se vendre lorsqu’on ne sait presque rien sur ceux avec qui l’on traite, ni sur ce que l’on attend de vous.

« Je vous rappelle en fin de semaine prochaine pour vous dire si nous souhaitons vous revoir en deuxième entrevue, car nous avons encore des candidats à recevoir » m’indique la jeune femme à la fin du rendez-vous. Alors qu’elle me raccompagne à l’ascenseur, je lui fais encore part de ma motivation — réelle — et de mon enthousiasme. Elle acquiesce, on se sert la main, je m’en vais.

Le lundi suivant, je trouve un message sur le répondeur. Elle m’informe qu’ils veulent me revoir. Je suis agréablement surpris, car je pensais ne pas avoir de réponse si rapidement, et surtout, une réponse favorable. Et cette fois, j’ai rendez-vous avec D.L., le grand patron.

D. L. est une célébrité, une référence, non seulement ici, au pays, mais mondialement. Il est la fierté des Québécois, pour sa réussite, son rayonnement dans le monde. D.L. est en quelque sorte le Bill Gates dans sa spécialité. Sans trop en dire, le cinéma moderne ne serait pas ce qu’il est sans lui, entre autres choses.

Et c’est avec lui que j’ai rendez-vous.

Je ne suis aucunement impressionné. La célébrité ou la notoriété dont peuvent bénéficier certaines personnes n’a aucun effet sur moi. Tout à l’heure, plus que D.L., j’ai rendez-vous avec un homme qui en cherche un autre et qui souhaite me connaître, rien d’autre.

Ce qui, par contre, m’intrigue, me fait me poser des questions, c’est la raison pour laquelle la personne que j’avais rencontrée la première fois veut me voir avant l’entrevue. Pour quelles raisons ? Qu’est-ce qui nécessite ce pré-rendez-vous intime ? Veut-elle me prévenir ou m’informer de quelque chose ? Souhaite-t-elle me conseiller avant que je ne rencontre D.L. ? Tout ça me semble étrange, un peu mystérieux… Et puis, je trouve que le poste qu’ils cherchent à combler ne nécessite pas de rencontrer le Big Boss… À moins que l’on ne m’ait pas tout dit sur les fonctions réelles que l’on souhaite (éventuellement) m’attribuer.

Un peu plus de trois heures à attendre, une matinée à patienter, avant de savoir…

Mais cette fois, je suis prêt.