Vroum vroum

Samedi 30 octobre 2004

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Je me décide à mettre une photo de notre nouvelle voiture ici, bien que je trouve ça beauf (surtout avec moi dans la voiture). Mais ma discussion d’hier soir avec Sophie m’y oblige. La voilà, notre Chevrolet Malibu LT. Nous, on l’aime quand même, même si elle est américaine (et puis ça fait une rime et plein de M).

Et puis, comme le dit la pub : ingénierie allemande, savoir-faire canadien. Alors, c’est un peu moins grave.

Éclipse

Vendredi 29 octobre 2004

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La nuit dernière, il y avait une éclipse de lune. je voulais l’observer, puis j’ai fait d’autres choses, et j’ai oublié. Cette photo-là n’a pas été prise hier soir, mais il y a trois semaines environ. Je l’avais laissée quelque part dans mon disque dur, je viens tout juste de la retrouver.

Avant Cyril, et avant Henri et Stéphane, j’ai vécu, l’espace de quelques semaines, quelque chose de joli avec un garçon que j’avais rencontré sur Internet et avec qui je discutais. À l’époque, j’habitais encore en France, lui vivait ici, en Amérique du Nord.

On se parlait très souvent sur le Net, de longs moments. On s’appelait aussi au téléphone, de temps en temps. On se disait combien on aurait voulu se voir, être ensemble, aller au cinéma, au restaurant, voir des gens. Notre solitude, à lui et moi, nous pesait, et nous trouvions en l’autre un ami, un confident, presque un amant. On ne se disait pas de je t’aime, j’ai envie de toi, car ça n’aurait pas été vrai. Notre relation était profonde, mais pas amoureuse. Les milliers de kilomètres qui nous séparaient rendait la chose très cérébrale, très intellectuelle. Et lorsque l’un de nous devait partir et quitter la conversation, c’était toujours difficile de se retrouver à nouveau seul, devant son écran vide. Le sentiment de solitude se faisait du coup encore plus fort, plus insupportable.

Mais nous avions trouvé le moyen de nous retrouver quelques secondes, d’être ensemble par-delà les terres et l’océan. À la fin de nos conversations, nous nous entendions sur une heure précise de la journée où, lui comme moi, pourrions regarder le soleil quelques secondes. Ainsi, exactement au même moment, nous pouvions voir la même chose : la distance était alors oubliée, la présence de l’autre dans l’astre nous chauffant le visage et nous brûlant les yeux.

C’était il y a bien longtemps… Nous avons perdu contact et je ne me souviens plus du nom de ce garçon, ni même son visage. Je me rappelle juste ces jolis instants partagés, sans nostalgie : celui qui vit aujourd’hui à mes côtés me rend heureux, et je laisse le soleil briller à nouveau pour tout le monde. À la place, j’observe la lune et y vois un beau visage qui me sourit et qui me dit combien la chaleur d’aimer vaut tous les soleils du monde.

Le grand saut

Jeudi 28 octobre 2004

Si je suis beaucoup moins présent ici ces derniers temps, c’est simplement parce que je le suis un peu plus ailleurs. En fait, mon esprit et mon temps sont pour ainsi dire monopolisés par cette histoire que je veux écrire qui, si j’en viens à bout, deviendra peut-être un roman. J’ai déjà le titre, L’ombre des choses. Je suis encore dans l’investigation, à la recherche les infos dont j’ai besoin pour bâtir mon récit, mais d’ici à la fin de la semaine, je devrais avoir tout réuni pour commencer à écrire.

Je pense avoir une belle histoire, forte, intense, intéressante. J’en ai parlé à Sophie hier soir, elle est plus qu’enthousiaste : elle adore, est totalement emballée. Maintenant, tout reste à faire : il faut écrire… Et c’est là le plus difficile. Je passe et repasse mon histoire dans ma tête, mais j’ai terriblement peur. Peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas m’en sortir. Peur de moi-même, de ce qui m’attend. Un peu comme celui qui va faire son premier saut à l’élastique, qui sait quelles sensations et quel plaisir l’attendent, mais qui est terrifié à l’idée de se jeter dans le vide. Faire le grand saut.

Pourtant, les doigts m’en brûlent, si vous saviez ! Mais voilà, je dois me sentir prêt. Ça sera sans doute demain, ou après-demain… Mais c’est tellement imminent, le désir d’écrire cette histoire est tellement fort, que je ne vais plus pouvoir résister bien longtemps.

Le moment est presque arrivé, ce n’est plus qu’une question de jours. Et après, je ne répondrai plus de rien…

Saindoux, priez pour nous

Dimanche 24 octobre 2004

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Allez, pour une fois, soyons futile…

Moi qui me suis toujours demandé pourquoi la margarine de ce côté-ci du continent est blanche comme neige alors qu’en France, elle a la même couleur que le beurre, j’ai trouvé la réponse, totalement par hasard. Il suffit d’accéder aux archives de Radio-Canada ou bien encore ici pour avoir la réponse.

« … Selon la loi sur les produits laitiers et leurs succédanés, la couleur de la margarine “ne doit pas être d’une couleur de plus d’un degré et six dixièmes ni de moins de dix degrés et cinq dixièmes de jaune ou de jaune et de rouge combinés, mesurée à l’échelle du colorimètre Lovibond” ». Histoire de ne pas induire en erreur le consommateur qui pourrait confondre la margarine avec le beurre. Du coup, le produit a cet aspect cireux dégueulasse qui le fait ressembler au saindoux.

Mais c’est vrai, j’oubliais… Le gouvernement nous le fait assez comprendre comme ça : les Québécois ne savent pas lire (les emballages) et de toute façon, ils sont cons (ironie, je précise pour ceux qui, en plus, n’ont pas d’humour).

Chez moi, on appelle ça tortiller du cul pour chier droit.

Bel hommage

Samedi 23 octobre 2004

Depuis hier soir et pour 24 heures, je vis dans la grâce : la chaîne culturelle ArTV rend hommage à François Truffaut, pour « fêter » les vingt ans de sa disparition.

Début des hostilités hier soir donc, avec la diffusion de Tirez sur le pianiste avec Aznavour (qui ressemble terriblement à Kevin Spacey, je n’avais jamais remarqué !), suivit du court métrage Antoine et Colette, avec Jean-Pierre Léaud et Marie-France Pisier (qui faisait sa toute première apparition à l’écran et qui deviendra l’égérie du cinéma d’auteur. Elle reprendra le rôle de Colette dans un autre film de Truffaut, le joli L’amour en fuite, qu’elle a d’ailleurs coécrit avec lui), suivi de La femme d’à côté avec Depardieu et Ardant, suivi du court métrage Les mistons, avec Bernadette Laffont.

Et ce matin, le sublime, l’emblématique Les 400 coups, le premier film de Truffaut, le plus biographique, le plus autobiographique… Et surtout, le début des aventures d’Antoine Doinel (qui devait s’appeler à l’origine Loinod, mais Truffaut décida de changer de nom pendant le tournage de Les 400 coups) qui s’étaleront sur presque vingt ans. Ensuite, le joli Baisers volés, avec Claude Jade, suivit de Domicile conjugal, en quelque sorte la suite directe de Baisers volés.

Puis, ce soir, Jules et Jim, sans doute LE film de Truffaut le plus connu dans le monde. En tout cas, l’un des plus primés. Et puis, Le tourbillon de la vie par Jeanne Moreau… La soirée se terminera par un documentaire de presque deux heures, consacré au cinéaste.

Bien entendu, le choix de la programmation est discutable, beaucoup diraient sans doute que d’autres œuvres importantes manquent, comme La mariée était en noir, L’enfant sauvage, dédié à Léaud, le magique La nuit américaine, mon préféré ou encore Le dernier métro… Mais finalement, tout est essentiel chez Truffaut, et à moins de diffuser tous ses films, impossible de contenter tout le monde…

Le bonheur, je vous dis !

Life is a…

Vendredi 22 octobre 2004

J’avoue avoir très mal réagi hier quand j’ai appris la nouvelle. Je n’ai pas été seulement déçu, non. J’étais en colère, furieux. Sans trop savoir pourquoi d’ailleurs, ma réaction m’étonne encore.

Je devais avoir une réponse en milieu de cette semaine, et j’attendais qu’ils me rappellent, puisqu’ils m’avaient dit qu’ils me tiendraient au courant. Mais il semble être une règle établie qu’ici, on n’appelle pas les gens pour leur dire qu’ils ne sont pas retenus pour un boulot. À la rigueur, on leur envoie un email ou une lettre, longtemps après que la décision ait été prise. Histoire de faire comprendre que non, ça n’a pas fonctionné. Mais surtout pas de coup de téléphone pour annoncer la mauvaise nouvelle de vive voix. Ça doit être une tâche trop difficile à assumer. Et qu’on ne me dise pas le contraire : tous ceux que je connais, sans exception, qui cherchent (ou ont cherché) du travail m’ont confirmé ce manque ce civisme, de politesse.

Donc, hier matin, je me décide à les appeler pour connaître leur décision, malgré mon pressentiment négatif. J’ai en effet appris à ne plus m’y fier, car il semble que dans ce domaine, mon intuition n’est pas vraiment avérée. Je laisse un message expliquant l’objet de mon appel, et laisse mon numéro de téléphone.

La fille que j’avais vue la semaine dernière me téléphone en milieu d’après-midi, me dit qu’elle a eu mon message et qu’elle me retourne mon appel. Hélas, je n’ai pas été retenu pour le boulot, elle en est désolée. Bien que je m’en doutais le savais, je raccroche, assommé. Un échec de plus, encore une déception. Je sens la colère monter en moi, je me sens bouillir de l’intérieur. Je commence à m’agiter, à marcher comme un fou à travers l’appartement, je fulmine. Je reconnais surtout ces signes qui annoncent un pétage de plomb imminent qui fait que, si je n’arrive pas à me calmer, je vais frapper dans les murs, exploser les portes, hurler, tout casser. Je me sens devenir incontrôlable… il faut donc me ressaisir, c’est urgent.

Je rejoins donc Cyril qui dort encore dans la chambre et m’allonge près de lui en me disant que c’est la seule solution pour apaiser cette furie que j’ai en moi et obliger mon corps à ne plus bouger… Bien sûr, il est réveillé et a comprit… Il tente de me consoler, de me rassurer… Mais je ne l’entends pas, je ne supporte même presque pas sa présence. Je ne suis pas parlable, pas touchable, pas fréquentable. Je suis trop tourmenté par ce sentiment d’injustice, par cette impression d’être inutile, pour recevoir ses mots sensés me rassurer.

J’ai la tête qui bouillonne, je tente de comprendre l’incompréhensible, de savoir pourquoi rien ne marche jamais, ce qui cloche en moi, qu’est-ce qui a fait que je n’ai pas été choisi, moi… Je suis furieux, je pleure, je rage.

Puis je me relève d’un bond et décide que je DOIS savoir, que je vais rappeler la fille et lui demander la raison de mon rejet, peu m’importe ce qu’on pensera de mon geste.

Elle doit sentir que je suis très ému, car même si j’essaye de rester poli et courtois, mon anglais me trahit : quand je suis contrarié ou en colère, je parle avec un accent français terrible, je ne suis plus capable de prononcer les mots correctement, je bafouille. J’arrive malgré tout à lui demander la raison pour laquelle ça n’a pas marché… Est-ce le test qui n’était pas bon ? La pauvre cherche vraiment à me rassurer, elle m’assure que oh no, no, you did it so well, you really did !

Mais voilà. Ils ont rencontré beaucoup de monde, tous plus bons les uns que les autres, que c’était difficile pour eux de choisir, qu’ils ont sélectionné une personne qui avait moins de compétences créatives et plus de compétences techniques, car ils ont besoin d’un graphiste en production.

Bien sûr, je comprends. Mais ai-je vraiment le choix ? Dois-je lui rappeler que, justement, je cumule les deux, conception et production ? Elle me dit toutefois qu’il arrive qu’ils fassent appel à des free-lance et que si l’occasion se présente, bla-bla-bla…

Je ne peux m’empêcher de lui dire combien je suis déçu, combien j’aurai voulu travailler pour eux, avec eux, que si par hasard, ils doivent prendre quelqu’un d’autre, que je veux être celui-là. Je la sens véritablement touchée et j’ai le sentiment que je peux la croire quand elle me dit cette petite phrase, avant de raccrocher, qui dit quelque chose comme ça aurait pu être toi, j’aurai bien voulu que ce soit toi.

Sauf que c’est quelqu’un d’autre.

Aujourd’hui, je suis passé à autre chose, j’ai oublié. J’ai cette faculté d’effacer ce que je veux de ma tête, comme s’il s’agissait d’une phrase écrite à la craie sur un tableau noir, disparaissant sous l’éponge humide. Comme si rien ne s’était jamais passé. Comme si rien n’avait jamais existé. Une sorte d’amnésie volontaire.

Au moins, pour un certain temps.

…bitch

Jeudi 21 octobre 2004

Aujourd’hui encore, la vie n’est qu’une sale pute.

Avis de recherche TV

Mercredi 20 octobre 2004

Une chaîne de télévision d’un nouveau genre commence à émettre aujourd’hui au Québec : Avis de recherche TV.

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Ce canal qui se propose de coopérer avec les forces de l’ordre afin de résoudre des crimes, vols, enlèvements et disparitions de personnes, en diffusant en boucle des informations susceptibles d’aider la police. Je ne sais pas grand-chose de plus sur ce que sera cette chaîne de télévision, les programmes viennent tout juste de commencer, et après une bande-promo assez vague, des images d’enfants disparus défilent sur l’écran.

Tout ce que je sais, c’est que ce type de chaîne de TV est unique au monde, une vraie première mondiale. Il existait jusque-là des émissions ponctuelles de ce genre diffusées sur des canaux plus généralistes, mais jamais une chaîne n’y avait encore été intégralement consacrée, 24 heures sur 24, 7 jours par semaine.

Le principe est simple : si l’on pense reconnaître une personne, ou si on croit avoir une information susceptible de faire avancer une enquête, voire de dénoncer quelqu’un que l’on pense coupable d‘un délit, il suffit d’appeler anonymement l’un des numéros de téléphone affichés à l’écran. Une récompense est destinée à ceux ayant permis de résoudre une enquête ou de retrouver un disparu ou un fugitif.

Je ne sais trop que penser de ce nouveau procédé d’investigation. Je trouve juste étonnant qu’une telle chaîne de télévision ne naisse que maintenant… Est-ce une bonne chose ? Glissons-nous lentement vers un système et une société de suspicion, de dénonciation ? Ou bien allons-nous vers une démarche plus civique, une idée plus globale de ce que la sécurité doit engendrer comme action citoyenne ? Difficile à dire.

Je n’arrive décidément pas à me prononcer, ni à avoir un avis tranché sur la question. On verra bien ce que ça donnera.

Enfin seuls

Mardi 19 octobre 2004

Je n’ai pas été très productif ces derniers jours, je n’ai rien écrit du tout. Comme excuse, c’était un peu difficile pour moi de pouvoir me concentrer : on avait de la visite.

Je me rends compte que je suis de plus en plus un ours. Non, pas un seulement un bear, mais un ours. Un solitaire, un bourru, une bête, un casanier, un reclus, un sauvage. J’ai véritablement subi cet ami en visite chez nous une semaine plus qu’autre chose. Pourtant, c’est un garçon charmant, attentionné. Mais voilà, je n’avais juste pas la tête à ça. Non pas que j’avais la tête à quelque chose en particulier, mais ça ne me tentait tout simplement pas d’avoir quelqu’un chez nous, aussi adorable soit-il.

C’est un canadien de Winnipeg, parti en vacances en Allemagne pour presque un mois. Il avait décidé de s’arrêter quelques jours chez nous avant de rentrer au Manitoba. Jolie attention, mais mauvaises circonstances : Cyril travaillant de nuit et dormant le jour, le moment n’était pas vraiment bien choisi. Me retrouver seul le soir avec lui ne me disait vraiment rien, je n’avais juste pas très envie de partager ma solitude avec personne.

Mais, au nom de notre amitié, je l’ai laissé venir s’installer ici. Il nous a rapporté des tonnes d’excellents chocolats d’Europe, et des centaines d’images. 600. Je sais plutôt bien gérer le premier, mais pas du tout le deuxième : rien ne m’ennuie plus que ces photos de vacances qui montrent des gens qu’on ne connaît pas et des lieux qui sont, pour la plupart, sans intérêt puisqu’on n’y était pas. Ici, lui en costume régional devant une sculpture. Là, lui sur la place d’un village en train de regarder les pigeons. Une maison. Un château. Des gens. Une terrasse de café. Un arbre. Une route. Un… Des… Du… Si ça n’avait pas été du numérique, j’aurais déchiré les tirages depuis longtemps. Mais j’aime trop mon ordinateur pour le passer par la fenêtre.

Et puis, il faut bien l’avouer, j’avais une raison pour laquelle je n’étais pas plus enjoué que ça de l’avoir avec nous. En fait, la première fois où il était ici, ma chienne est morte. La deuxième fois, j’ai appris que mon père était condamné. Disons que ça n’aide pas à voir les choses du bon côté. Mais il est reparti hier soir, et tout le monde est encore vivant et en bonne santé. C’est idiot, mais c’est tout de même un soulagement pour Cyril et moi. Mieux vaut en sourire, finalement…

Dans une dizaine de jours, c’est au tour de mon cousin, que je n’ai pas vu depuis au moins quatre ans, de venir chez nous. C’est une visite inopinée qui s’est décidée hier. C’est surtout une histoire un peu compliquée que je vais garder pour moi.

Is it the end ?

Dimanche 17 octobre 2004

J’ai toujours dit que ce carnet n’était sans doute qu’une étape, une aide, une thérapie. Qu’il ne me serait utile qu’un temps, et qu’à l’instant où j’aurai le sentiment qu’il ne m’apporte plus rien, ou que je n’aurai plus rien à y raconter, j’arrêterai de l’alimenter.

Je crois que ce moment est arrivé. En tout cas, il s’approche. Ce carnet commence à sentir le sapin.