Clairvoyance

Lundi 16 mai 2005

Je sais, je cite souvent mes billets précédents ces derniers temps. Peut-être parce que le destin court après moi et finit par me rattraper. Il y a un peu plus de deux mois, voilà ce que je disais…

Tout semble bien trop calme. Il y a quelque chose, quelque part, qui se cache et qui va finir par surgir au mauvais moment, forcément. Ces trucs-là arrivent toujours quand on ne s’y attend pas… Alors moi, j’anticipe. Je guette. Je surveille. Rien pour le moment, mais je sais qu’un jour ou l’autre, au moment ou mon attention sera relâchée, ça va me tomber sur le coin du nez. L’épée de Damoclès.

Rien à faire, je ne peux m’empêcher de me sentir en sursis.

L’appartement ? L’argent ? Le boulot ? Je me dis qu’il y a obligatoirement quelque chose qui va déraper, qui va merder, et que je vais avoir des soucis à me faire. Peu importe quand, dans un mois, dans un an, mais ça va arriver.

Question d’instinct.

J’avais hélas raison. Ma vie est une roue qui ne cesse d’écraser les merdes.

Ce billet devait être une réponse au commentaire du billet précédent, mais comme le texte est long, j’ai préféré en faire une note.

Il y a quelques semaines, j’écrivais ceci :

… je dois être la seule personne au monde à tenir un carnet et dont les commentaires ne se font pas sur le blog lui-même, mais par courriels !…

Il semble que la blague se vérifie : je reçois plus de courriels de lecteurs que de commentaires sur ce carnet. Pourquoi ? Aucune idée (addenda : le mot « lecteurs » me donne une importance et un statut qui ne me correspondent pas, mais je n’ai pas trouvé d’autres mots pour décrire ceux qui me lisent).

Mais il y a deux options : soit mes lecteurs m’envoient des emails et, à l’occasion, laissent un message sur ce carnet, soit j’ai quelques lecteurs qui m’écrivent directement, et beaucoup d’autres qui me lisent sans jamais se faire connaître. Dans les deux cas, c’est un phénomène que je ne crois pas avoir rencontré ailleurs…

Je prends la chose plutôt comme un compliment, dans la mesure où elle se détache de la logique d’un blog (cette vraie intimité qui naît entre ceux qui me lisent et moi) et que j’aime bien l’idée de ne pas faire comme tout le monde (bête esprit rebelle de contradiction). Malgré tout, comme dit dans un autre commentaire, affirmer des les quelques messages laissés ici, positifs ou négatifs, me laissent de marbre serait mentir. C’est même le principal intérêt d’un blog : l’interaction entre le rédacteur et les lecteurs. J’irai même jusqu’à dire que c’est le carburant d’un carnet.

Donc, lorsque je tombe sur des blogs dont le moindre billet est accompagné d’une multitude de commentaires, je me pose quelques questions : qu’est-ce qui motive les gens à laisser autant de messages ? Est-ce du simple copinage ? L’esprit de communauté ? De l’auto promotion pour augmenter le nombre de visiteurs et les stats ? Ou bien seule la qualité des textes ou les sujets abordés suscitent toutes ces réactions du coup justifiées ? Selon moi, la quantité et le contenu des commentaires sur pas mal de blogs sont totalement disproportionnés compte tenu du peu d’intérêt de certains billets.

Lorsque j’avais mon précédent carnet, celui où je rapportais mes états d’âme, mes nombreux soucis, ma détresse et mon mal-être, j’avais beaucoup plus de lecteurs et donc, de réactions. Maintenant que tout va bien pour moi (si si, tout va VRAIMENT bien !), et que ce que je raconte ici est un quotidien tout à fait ordinaire et bien plus positif, les messages se sont réduits à peau de chagrin. Faut-il en conclure que l’on aime aller vers la noirceur et le malheur plutôt que vers la lumière ? Je trouve ça assez troublant. Encore une discussion sur la nature humaine qui n’en finirait pas.

Conclusion : il n’y en a pas. Je dois avoir quelque chose en moins, en plus, en tout cas différent, qui fait que c’est comme ça. Malgré tout, les quelques réactions au billet précédent de personnes qui me lisaient en silence m’encouragent et me font exister. Car voilà la vraie raison d’un carnet : exister un peu plus que la moyenne, comme un supplément de vie, un bonus de plaisir.

Je l’avais dit

Mercredi 4 mai 2005

Il y a trois mois, presque jour pour jour, j’écrivais ceci :

Ça fait quelques jours que je me pose la question de savoir ce que je vais bien pouvoir faire de ce carnet, ce que je vais bien pouvoir encore y raconter.

Car il faut être honnête : ce blog n’est apparu que pour moi, et pour personne d’autre. Pour accueillir un trop-plein de vie, et pour rien d’autre. Vous m’avez pris par surprise, belle surprise d’ailleurs, mais voilà, il est temps de vous l’annoncer : je n’ai plus rien à vous dire, plus rien à me dire.

Ou plutôt, non, pas tout à fait. Il y a encore beaucoup de choses en moi qui restent à s’exprimer, à sortir, à s’échapper. Mais ma vie semble aller mieux depuis quelques jours et, du coup, ce qui me semblait lourd et pesant est maintenant plus facile à porter, à supporter. Ce que j’ai évacué jusque-là et partagé – sans le savoir – avec vous est toujours ici, est du domaine public. Mais le reste, je vais le garder en moi. Du moins, jusqu’à nouvel ordre.

Non pas que je veuille vous en interdire l’accès, non. Je n’en ai juste plus besoin. Terrible égoïsme de ma part, vous avez raison. Vous pouvez penser que c’est une trahison, un coup dans le dos. Que je vous abandonne. Mais ne me suis-je pas abandonné à vous ? Allez, soyez indulgents.

Donc, il est fort possible que ce carnet d’humeurs – puisqu’après tout, c’est bien de cela qu’il s’agit – vive ses derniers instants. Peut-être, ou peut-être pas, je n’en sais encore rien… Difficile de me prononcer à ce stade, tout est si nouveau pour moi. Vous raconter mon quotidien, celui d’un homme banal faisant des choses banales, ça ne m’intéresse pas, et ça ne vous intéressera pas. Ma vie n’est pas à ce point passionnante qu’elle nécessite une telle exposition. Et puis, croyez-moi, vous méritez mieux.

Non, j’essaie de voir si une éventuelle évolution de ce carnet est possible, est utile. Peut-être, en changer totalement le design, la ligne éditoriale… Je n’en sais rien. Car malgré tout, si je n’ai aucun remords à laisser tomber ce carnet, je ne veux pas vous perdre, vous. Car vous m’avez eu, bien eu, avec votre gentillesse, votre compréhension, votre écoute, votre amitié… votre amour peut-être. Je ne peux pas, je ne peux plus vous abandonner. Maintenant que je vous ai gagné, je veux vous garder au chaud, tout au creux de moi…

Comme un trésor.

Voyez, je l’avais déjà annoncé, je n’ai vraiment plus rien à raconter… D’ailleurs, vous vous en étiez rendu compte : il suffit de voir le nombre de commentaires, reflet de l’intérêt que vous portez à ce carnet. Non pas que ma fierté soit mal placée (encore une fois, la désertion de ce blog était prévue, car prévisible), mais je crois qu’il faut tirer les conclusions qui s’imposent : rien à dire, rien à lire ! C’est d’une logique implacable.

Ce carnet va devenir donc un endroit où je vais consigner les choses que je ne veux pas oublier, ou dont j’ai besoin ponctuellement, à une fréquence totalement aléatoire. Il est même possible que je désactive les commentaires à un moment donné.

Vous pouvez donc enlever ce carnet de vos liens, ce blog n’en est plus un. Si vous passez encore par ici, je vous assure, vous allez vous ennuyer… Mais c’est vous qui voyez, vous faites comme vous voulez. Sachez malgré tout qu’il n’y a ni amertume, ni tristesse. Ce n’est pas un énième adieu, un au revoir de plus, puisque les portes restent ouvertes. C’est juste une mise au point, sans doute plus pour moi-même que pour vous qui aviez compris la chose depuis longtemps. Et puis, le fait que je dise ça aujourd’hui, au lendemain de l’anniversaire, n’est peut-être pas totalement un hasard, finalement

« S’il n’a rien à raconter, il n’a qu’à le fermer, son blog ! » Oui, c’est vrai. Mais je suis comme ça, je garde toujours tout, j’ai de la difficulté à jeter les choses. Je m’en rends d’ailleurs compte avec ce déménagement… J’entasse, j’empile, je conserve, je m’encombre.

Mais un jour, je vais jeter tout ça, c’est promis.

Déjà…

Mardi 3 mai 2005

Le temps est passé vite, si vite que je n’ai pas vu ce triste anniversaire arriver…

Ça fait un an aujourd’hui.