Où l’on devient podcasteur

Mercredi 30 novembre 2005

Je sais, je cède à la mode. Mais en est-ce vraiment une ? En passe de devenir incontournable, le podcasting se répand au travers du Net, sa popularité est grandissante.

Après l’écrit, l’oral : l’enregistrement audio devient une extension de ce carnet. Voici donc très officiellement mon tout premier billet audio. Assez excité, très intimidé, mais il faut bien un début à tout. Ne sachant trop quoi dire, mais avec une furieuse envie de parler, les mots se heurtent les uns aux autres, s’entrechoquent, sortent comme ils peuvent ; décidément, l’émotion est là, plus importante que ce que l’on pensait. Puis on se détend un peu, la confiance s’installe et on se surprend à trouver des choses à dire. Les idées se clarifient, et on retrouve certaines sensations que l’on avait oubliées : celles de parler, de s’adresser aux autres, de se savoir suivi, écouté. Et puis si ce n’est pas vraiment le cas, ce n’est pas plus grave que ça : le plaisir y est, et c’est peut-être là qu’est le plus important.

Bienvenue dans mon deuxième chez moi.

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Préparer Noël

Dimanche 27 novembre 2005

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J’ai passé une partie de l’après-midi d’hier et la matinée d’aujourd’hui à bricoler la nouvelle mise en page de mon carnet. J’étais un peu lassé de l’ancienne maquette, j’avais envie de changer pour quelque chose de plus simple, de plus épuré.

Je dois dire que j’aime beaucoup cette présentation-là. L’unique colonne très étroite, l’absence de toute information superflue me convient tout à fait. Les éléments nécessaires à la navigation (comme les archives par exemple, maintenant classées par années, mois ou sujets) sont accessibles via le plan du site, situé sous l’image principale.

Soyons honnêtes, je ne fais plaisir qu’à moi-même en triturant les feuilles de style de ce carnet : mon lectorat est réduit à peau de chagrin. C’est surtout l’occasion de m’occuper de longues heures et d’ainsi éviter la tâche que j’avais prévu d’effectuer : m’occuper des décorations de Noël. Les fêtes qui arrivent sont devenues pour moi une véritable épreuve ; elles soulignent l’absence de mes parents et l’éloignement de mon pays. Oui, je sais, ça a été mon choix de m’installer ici et je ne regrette rien. Mais l’absence de ceux que j’aime et qui me manquent est parfois difficile à surmonter en ces périodes de rassemblement familial.

C’est sans doute un peu idiot, mais le sapin, les décorations, les guirlandes électriques, me rappellent mon enfance et ces moments heureux où nous étions tous réuni, nombreux, pour fêtes Noël puis le jour de l’an… Enfant, j’étais en charge de décorer le sapin et la pièce dans laquelle il se trouvait, et cette responsabilité m’emplissait de joie. Je voulais que l’arbre soit le plus beau, le plus fourni possible. Ainsi, je recueillais les félicitations des oncles, des tantes, de ma grand-mère et de mes parents, et cette reconnaissance était sans prix.

J’ai aujourd’hui du mal à ne pas percevoir ces instants joyeux dans les éclats colorés de lumières des guirlandes et surtout, de savoir que ce bonheur-là fait partie du passé. Plus personne ne viendra me féliciter, plus aucune main ne viendra flatter ma tête en signe de reconnaissance.

Mon Noël à moi est devenu bien inutile.

Vétille

Mercredi 23 novembre 2005

Parfois, j’ai l’impression d’être transparent. Le sentiment de ne pas être entendu, de m’exprimer dans le vide. Ou plutôt, que l’on ne m’écoute pas. Que l’on ne tient pas compte de ce que je dis.

Je parle et l’on ne me répond jamais. On m’ignore. On fait comme si je n’existais pas, comme si je n’étais pas là. Mes mots restent en suspend, flottent dans le vide, puis finissent pas s’effriter, par tomber en poussières ; aucune importance, ils sont passés inaperçus. Je ne suscite aucune réaction.

Ce n’est pas une crise, c’est un simple constat.

Pourtant, je ne crois pas avoir moins de conversation que les autres, je ne pense pas dire plus de bêtises, être moins intéressant ou plus pathétique. Mais voilà, c’est toujours comme ça : on ne me vois pas.

J’ai parfois le goût de ne plus participer, de ne plus rien dire, de me taire. De ne plus écouter, à mon tour. Mais l’incompréhension prend le pas, le désir de me faire entendre est plus fort que moi : je veux m’exprimer et, surtout, que l’on en tienne compte. Je ne sais pas me taire. Mais c’est en vain, toujours et toujours et toujours. Je suis invisible, c’est tout.

Je finis par culpabiliser, par croire que je ne suis pas à la hauteur de ces gens-là, que je ne les mérite pas, que je leur suis inférieur. Que je suis trop idiot, tout simplement, pour avoir une quelconque opinion et l’exprimer. Et je me sens exclu. Il paraît que c’est cela, une communauté : se regrouper mine de rien et exclure tous les autres sans en avoir l’air. Je déteste les communautés. Je déteste me sentir à part.

Mais qui s’en soucie, puisque je n’existe pas.

Portes ouvertes

Lundi 21 novembre 2005

À mon tour, je cède à la mode des chaînes, même si l’on ne m’a rien demandé (mais à moi, on ne demande jamais rien).

C’est un petit jeu qui a cours sur les carnets et qui consiste à indiquer ses livres préférés, ses films du moment, à photographier ses mains ou ses pieds, etc., puis à passer le relais à d’autres personnes. Aussi inutile que ridicule.

Mais celle-ci, découverte chez Laurent, je l’aime bien. Il suffit de photographier le contenu de son réfrigérateur et d’en décrire ce qu’il s’y trouve. L’idée d’entrer ainsi dans l’intimité des gens par la grande porte froide me plaît, car rien n’est plus parlant que le contenu d’un frigo.

Donc, dans le nôtre, se trouvent (de haut en bas, la porte en dernier) :

Frigo

Sur l’étagère du haut, de la mayonnaise, des fruits de mer dans l’huile, de l’ail haché, du thon en miettes, du café, des œufs, du fromage. Dessous, de la margarine, de la soupe, de la crème fraîche, et dans le petit tiroir, des salades de fruits et des piments farcis. Dessous, du lait, des champignons, des pois, des bouteilles de Coke Diète. Dessous, dans les tiroirs à légumes, des tomates, du chou-fleur, des carottes et un concombre. Puis, dans la porte, en haut, un restant de beurre, de la pâte à brioche au caramel, du gruyère. Dessous, une plaquette de beurre non ouverte, des feuilles de vigne, encore des salades de fruits, du jus de citron. Dessous, un pot de moutarde forte, une bouteille de San Pellegrino, des sauces, un pot de confiture de fraises. Dessous, un pichet d’eau, du jus d’orange avec pulpe, du lait.

Pour la porte du bas, la partie congélateur, en vrac :

Bas

À côté du distributeur de glaçons, le tiroir du haut contient un rôti de porc, des hamburgers, des filets de poulets, des filets de saumon et un Crustini, mais je ne sais pas à quoi. Dessous, des saucisses de porc, des filets de porc et un steak. Dessous, des petits pois et carottes, des fruits mélangés en morceaux, des ravioles au cheddar, patates et bacon et une boîte de myrtilles sauvages.

Voilà. Et comme toute bonne chaîne qui se respecte, je me dois de passer le relais à une autre personne. Je propose donc à Farf de nous faire partager l’intimité de son frigo (bien que je pense qu’il déclinera l’invitation). Et, en joker, peut-être que Matoo pourrait en faire autant (si toutefois il tombe sur ces lignes, ce dont je doute).

Quand on est insomniaque, on passe le temps comme on peut.

L’empire des lumières

Vendredi 18 novembre 2005

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L’hiver est décidément bien là. La neige est encore tombée hier, laissant une timide couverture blanche qui recouvre tout et donne aux choses une pâleur presque fantomatique. Et la nuit passée, moins treize.

C’est la saison ou tout semble plus pur, plus propre. Même le ciel bleu paraît plus profond, plus limpide. Ce matin, en ouvrant les rideaux de la chambre, j’ai eu droit à une vision digne d’un tableau de Magritte. L’empire des lumières, rien que pour moi.

L’instant où rien ne semble bouger, où l’aube naissante suspend les secondes dans l’éternité, où les âmes sont endormies et ne troublent pas encore la quiétude du petit matin… où le monde s’offre en spectacle, rien que pour moi.

Pour moi, et un peu pour vous, via ce carnet.

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Cliquez sur les vignettes pour voir les images.

Dancing Queens

Lundi 14 novembre 2005

Que fait-on un samedi matin lorsque l’on se lève de bonne humeur ? Qu’il fait beau dehors ? Que c’est le week-end ? Qu’on est heureux ? On fait les cons.

D’abord Cyril (qui se la pète grave)

Puis moi (qui pète tout court).

Même pas honte. Enfin si, un peu. Mais bon.

À noter au passage que le magnifique stylisme capillaire que Cyril a adopté pour cette représentation exceptionnelle a été directement inspiré par Jonathan et sa coupe de cheveux légendaire (à droite sur la dernière photo de ce billet) du remarquable duo « David et Jonathan ». Duo trop tôt disparu, est-il nécessaire de le préciser.

La coupe mirifique de Cyril pour cette chorégraphie hallucinante.

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La muse, le maître, l’inspirateur absolu : Jonathan, posant ici avec son compagnon de jeu David, devant des plantes vertes mortes.

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Juste un peu de poussière…

Mercredi 2 novembre 2005

Il faut que tu y penses, il va bien falloir que tu en fasses quelque chose…

C’est vrai, Cyril a raison. Il faudra bien que je me penche sur la question, que je trouve une solution à ce difficile dilemme. Que je me confronte à cette douloureuse réalité.

Mon père, ma mère, ma grand-mère. Leurs cendres dans leur urne respective, en haut des armoires de la maison sur l’île. Celles de ma chienne, ici, à Montréal. Dans la pièce, juste à côté.

Quatre corps dans de minuscules pots. Quatre vies perdues, réduites à quelques grammes de cendre et d’os. Quatre absences qui me hurlent leur présence en pleine tête, si souvent. Oui, c’est exactement cela. Des hurlements muets.

Encore cet été, en France, j’y ai pensé. Pourtant, là-bas, je fais tout mon possible pour éviter que mon regard ne tombe sur ces sacs de velours sombres. Je sais l’endroit précis où ils se trouvent, et lorsque je passe tout proche, leur présence est palpable, l’air tout autour semble plus épais, plus solide. Mais je sais faire la sourde oreille, je sais être aveugle. Je ne regarde pas. Je ne veux pas regarder. Je veux faire semblant de les ignorer, de nier leur existence.

Pourtant, un jour, il faudra bien.

Que faire ? Qu’en faire ? Bien sûr, une tombe, c’est une trace, une mémoire à entretenir. Mais c’est au moins quelque chose, quelque part. Mais des cendres ? Juste un peu de poudre grise dans un sac, lui-même dans un pot, lui-même dans un sac. Bien trop présent, bien trop palpable. Bien trop fort, trop violent. Trop lourd à supporter. C’est ce qu’ils voulaient, l’incinération. Mais ont-ils pensé à ce qui reste, à ceux qui restent, aux vivants, à moi ?

Disperser les cendres. Vivre la douleur une autre fois. Comme une deuxième cérémonie, inévitable celle-ci. Ces corps qui ne pèsent plus rien, au creux de mes mains, entre mes doigts. Devoir s’en débarrasser.

J’avais pensé jeter les cendres dans l’océan, mais c’est interdit. À moins de le faire la nuit, comme un voleur… mais quelle glorieuse tâche que voilà ! Belle célébration de leur mémoire ! Ou bien creuser un trou profond sous le noyer, dans le jardin, près des vignes. Mais quelqu’un, un jour, les trouvera et les balancera aux ordures. On ne respecte que nos morts, pas ceux des autres. Pensez-y à deux fois.

Et puis, comment faire ? Vider le contenu des urnes ? Voir ce qu’il y a dans les sacs ? Au décès de ma chienne, sans m’en rendre vraiment compte, j’avais ouvert le petit pot et touché du bout des doigts le tissu du sachet contenant les restes. Peut-être croyais-je y retrouver le doux pelage rassurant de mon cher animal. La réalité a été tout autre. Ce que j’ai senti sous l’épaisseur de l’étoffe m’a glacé le sang. Des choses dures, encore chaudes. Des bouts d’os sans doute. J’ai retiré vivement la main, me rendant compte de mon geste idiot.

Hors de question qu’un jour, je découvre le véritable contenu de ces urnes. Ceux que j’ai aimés ne sont pas là-dedans, c’est impossible. Je les vois si souvent, bien vivants, je les sens… Un souffle tiède dans mon cou, un parfum fugace, une présence invisible. Ils sont là, tout près de moi, me veillent, me protègent.

Parfois, comme ce matin dans la voiture alors que me rendais au travail, j’ai de soudaines envies de pleurer, sans raison. De ces peines qui vous font sortir le cœur de la poitrine, qui vous donnent envie de sangloter à chaudes larmes. De pleurer comme un enfant. Ça m’arrive souvent, n’importe où. Parfois, en présence de Cyril.

« Tiens, j’ai envie de chialer, je ne sais pas pourquoi… c’est con ! »

Lui ne sait que faire, ça le rend triste. Il ne sait pas ce que c’est, il ne peut comprendre. Alors il m’appelle mon bébé, mon petit cœur, me prend dans ses bras, tente de me consoler de cette peine incongrue qui m’envahit subitement et qui pourtant ne veut pas sortir de moi, de ces larmes qui restent bloquées quelque part derrière mes yeux. Car si je pleure facilement à l’écoute d’une belle musique, ou en regardant un film triste, je n’arrive pas à exprimer les peines plus profondes. Ça ne sort pas. Ma grand-mère, ma mère, mon père… malgré la douleur, je n’ai pas versé une seule larme.

C’est aujourd’hui que l’eau remonte à mes yeux, sans raison, sans crier gare. Et quand je sens que je ne vais pouvoir contenir mes larmes, je m’en vais me cacher…

…et je pleure.