Cyril

Jeudi 29 juin 2006

Le ciel est gris et bas, le moral est en berne.

Je suis inquiet, Cyril ne va pas très bien depuis quelque temps. Il semble sombre et triste, et quand je lui demande ce qui ne va pas, il me répond que tout va bien, qu’il est juste fatigué. Je fais semblant de le croire.

Pourtant, hier soir, Cyril a craqué. Suite à une petite dispute sans importance (vraiment sans conséquence), il s’emporte, s’isole sur le balcon quelques minutes, puis ressurgit pour monter dans la chambre. Je laisse passer une dizaine de minutes, me demandant pourquoi cette réaction plutôt disproportionnée, puis vais le retrouver à l’étage.

Il a tiré les rideaux et est allongé, recroquevillé sur lui-même… il sanglote. Je le prends dans les bras et lui demande pourquoi il se met dans cet état-là… Quand Cyril pleure, il pleure à chaudes larmes, comme un enfant, et le voir comme ça me bouleverse, le voir souffrir m’est totalement insupportable.

C’est le boulot, il n’en peut plus. Alors qu’il aide tout le monde, il a le sentiment que personne ne l’aide ni ne le soutient, et qu’il est tout seul à se débattre dans l’indifférence. « Je suis trop gentil, on me prend pour un con »… Et je sais que c’est vrai : Cyril a le cœur sur la main, est toujours là pour les autres, ne sait pas dire non et se défonce pour rendre service, plus qu’il ne devrait le faire… Mais n’a aucune reconnaissance en retour. Et ce n’est pas son petit salaire qui peut l’aider à passer par-dessus la situation.

Je ne sais que trop ce que se sentir mal au travail signifie, combien il est insupportable d’avoir le sentiment que ce que l’on fait n’est pas reconnu ou ne sert à rien. C’est insupportable et Cyril ne le supporte plus. Pourtant, il dit aimer ce qu’il fait, mais que les gens avec qui il travaille sont totalement indifférent… ils sont toujours à demander l’aide de Cyril, mais ne lui rendent jamais la pareille. Ils méprisent ce que Cyril fait au point de parfois défaire ce qu’il construit.

Je veux qu’il change de boulot, qu’il en cherche et en trouve un autre. Je ne veux plus jamais le voir dans cet état à cause d’en emploi ni quoi que ce soit d’autre. Je veux simplement qu’il soit heureux. Il me dit que les annonces proposent toutes un salaire inférieur au sien (déjà plutôt bas) et que s’il doit changer, c’est pour aller vers le mieux.

Il se sent désemparé, un peu perdu… je crois qu’il se questionne sur son avenir, sur ce qu’il peut accomplir professionnellement. Il parle de changer de branche, de faire totalement autre chose… mais quoi ? Il a un diplôme de secrétariat-comptabilité, mais n’a jamais exercé dans ce milieu. Je suis prêt à lui offrir les formations nécessaires pour qu’il puisse accéder à ce qu’il veut, mais il doit faire des efforts et aller de l’avant : lui seul pourra changer la situation, et même si je ferai tout pour l’aider, il est le seul maître de son destin.

Ce matin, je n’ai pas d’entrain, son chagrin me bouleverse trop. Je n’ai pas envie d’aller au bureau… j’ai presque honte et me sens coupable d’avoir un emploi qui me convient plus ou moins, alors que Cyril n’est pas heureux dans le sien. Je voudrais tant qu’il ait tout ce dont il a besoin, qu’il n’ait aucun souci, aucun tracas ! J’ai la gorge serrée rien qu’à y penser. Je sais, c’est ridicule.

Mais voilà, je suis dingue de lui, il est toute ma vie… et c’est comme ça.

Vive les vacances

Lundi 12 juin 2006

Ça y est, c’est fait, les billets d’avion sont achetés. Nous serons en France du 1er au 22 septembre. Trois semaines de vacances alors qu’ici, nous n’en avons droit qu’à deux. Tant pis : les quelques jours supplémentaires seront à nos frais. Mais nous avons bien calculé notre coup : ici, au Québec, le lundi 4 est férié et j’ai beaucoup d’heures à rattraper…

À cause du prix exorbitant des billets, nous ne voyagerons pas cette année avec Air Canada comme nous en avions l’habitude, mais avec Air Transat, ce qui nous permet d’économiser 500 dollars… quand même ! Nous arriverons à Paris le samedi midi, nous y resterons sans doute 24 heures puis prendrons le train – Direction Nancy pour Cyril qui ira voir sa famille et moi La Rochelle – le dimanche après-midi, peut-être même le lundi matin. Cyril viendra me rejoindre à l’île d’Oléron quelques jours plus tard.

Dire que nous sommes impatients est un euphémisme. Notre pays nous manque, ce qui est normal, et Cyril a hâte de revoir les siens. Moi, c’est juste l’envie de me retrouver sur mon île, dans ma maison. Je réalise de plus en plus combien il est indispensable pour moi de m’y ressourcer et je crains le jour où je ne pourrais plus le faire. Peut-être que ce manque sera si fort qu’il sonnera la fin de notre vie canadienne ? Nous verrons bien…

Je sais que je vais être très occupé, mais peut-être aurons-nous l’occasion de nous croiser ? D’ailleurs, j’espère rencontrer un jour Laurent, mais ce garçon est très occupé, avec sans doute d’autres priorités.

Allez, plus que quelques semaines à patienter !

Ratatouille

Samedi 10 juin 2006

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Découvert ce matin, le prochain film d’animation des studios Disney/Pixar : Ratatouille.

Oui, Ratatouille, comme le plat méditerranéen du même nom. D’ailleurs, pour aider les Américains à bien prononcer le mot, on le décompose phonétiquement au générique : rat-a-too-ee.

Le film se déroule donc en France — à Paris plus précisément — et raconte l’histoire d’un rat épicurien vivant au Gusteau, célèbre restaurant gastronomique tenu par un grand chef plutôt excentrique. Les goûts de luxe du rongeur lui rendent sa quête quotidienne de nourriture périlleuse.

La bande-annonce laisse deviner un film drôle et sympathique dont les images de synthèse sont, comme toujours avec Pixar, magnifiques. Par contre, dès les premières images, tous les clichés possibles et imaginables sur la France, les Français et Paris sont là : l’accordéon en musique d’ouverture, une vue de la Seine et des quais qui font passer la ville pour une cité qui semble avoir découvert l’électricité et le confort moderne depuis peu (à noter au passage que la géographie de Paris a été revisitée : le Sacré-Cœur et la tour Eiffel se trouvent maintenant sur la même rive, le Louvre et le Grand-Palais sont à quelques mètres de distance et des coupoles ont poussées un peu partout… bref, une vision idéalisée de la capitale française qui doit bien faire triper les Amerloques).

Il est bien connu aux États-Unis que les Français sont des ploucs plutôt retardés. Il suffit pour s’en convaincre de voir les cuisines du fameux restaurant dont les fourneaux semblent tout droit sortis des maisons de nos arrières arrières arrières grands-parents. Bref, j’en passe, et des meilleures. Sans compter que nos amis ricains ne peuvent s’empêcher d’implanter leur culture partout dès qu’ils le peuvent. Ainsi, certaines scènes sont truffées d’anachronismes et d’erreurs qui, si l’on ne les perçoit pas de prime abord, sautent aux yeux et font bien rire lorsque l’on y prête un peu d’attention.

Je me suis amusé à prendre une photo tirée du film et à jouer au jeu des sept erreurs, juste comme ça, pour rire (cliquez sur l’image pour la voir en grand).

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Autant le dire tout de suite, des conneries, il y en a bien plus que sept. En voici quelques-unes :

— Visiblement, dans les restos chics, on utilise un couteau à viande pour couper du fromage.
— Le raisin roux qui accompagne le fromage, typiquement nord-américain.
— Et ces petites sauces d’accompagnement, elles servent à quoi ?
— En France, on ne mange que des fromages à pâte dure (aucun Brie, Bleu ou autre Munster, c’est trop fort et ça pue).
— Le café sur la table avant le fromage et/ou le dessert (tradition purement nord-américaine qui consiste à prendre du café n’importe quand pendant le repas).
— Les fromages à même le chariot (dans un restaurant de luxe, ça fait désordre).
— Une assiette à dessert dans chaque assiette principale ? À l’heure du fromage ?
— En France, la tradition veut que l’intérieur des couverts soit tourné vers le bas (les pointes des fourchettes touchent la nappe et la partie bombée des cuillères vers le haut). En Grande-Bretagne, c’est l’inverse. Et bien entendu, le couteau est toujours placé à droite de l’assiette. Visiblement, dans ce restaurant, on mange sans jamais rien couper : il n’y a aucun couteau sur la table dressée en arrière-plan.

Plus quelques petites autres choses que je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-même (lisez la carte des fromages au début du film, vous constaterez que le fromage de brebis est fait avec du lait de chèvre, c’est bien connu !)

Allez, ne faisons pas la fine gueule, on ira quand même déguster cette ratatouille au ketchup en 2007 sans trop rechigner ! La bande-annonce du film est ici.

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