Trois fois rien

Vendredi 22 décembre 2006

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

Hier, en fin d’après-midi, j’ai eu mon premier rendez-vous avec la psychologue. La séance de 50 minutes a duré pratiquement 1 h 45. Qu’en dire… j’en suis sorti troublé. Oui, quelque part, ça m’a fait du bien. Beaucoup de choses sont sorties, des choses que je n’aurais pas cru être capable de dire à une personne que je ne connais que depuis quelques minutes. Des choses privées, personnelles, intimes… graves. Pour la première fois, j’ai parlé à quelqu’un, face à face, les yeux dans les yeux, de cette absence de désir de vie que j’ai en permanence. Étonnamment, sans aucun état d’âme, sans aucune émotion. Comme un simple constat sur lequel il ne sert à rien d’épiloguer.

Nous avons d’abord parlé de la raison de ce qui m’arrive, du boulot donc, puis les choses ont lentement dérivées sur ma mère, un peu, et mon père, beaucoup. Sur mon rapport avec lui, son rapport avec moi. Sur sa rigidité, son manque de lucidité et de psychologie. Sur sa terrible rigueur, ce désir de contrôle permanent.

On m’avait promis que la première séance est toujours assez difficile : on pleure tout du long. Ça n’a pas été le cas. Oui, il y a eu de l’émotion, mais bien moins que ce que j’aurais imaginé. J’ai surtout été surpris que malgré mes réticences à consulter un psy, je n’ai finalement eu pas trop de mal à parler, à me confier. Presque sans m’en rendre compte… Peut-être est-ce ça, le travail d’un bon praticien : faire en sorte que le patient exprime des choses sans s’en apercevoir.
 
Car oui, je crois que je suis tombé sur quelqu’un de bien. Elle est attentive, intéressée, concernée. Tout le contraire de l’image que je me faisais de ce genre d’individu. Par contre, c’est très éprouvant, très épuisant. En sortant du cabinet, j'ai eu une furieuse envie de pleurer. C'est étonnant chez moi cette capacité à contrôler mes émotions pour faire bonne figure, pour ne rien laisser paraître devant les gens… mais dès que je suis seul, c'est autre chose. Enfin bref, je ne sais pas où tout ça m’amènera, je verrai bien. Prochain rendez-vous le 4 janvier.
 
Plus tard dans la soirée, Christian téléphone pour nous inviter le soir du 29 chez eux. C’est lui qui m’avait engagé il y a un an et demi (déjà) et qui est parti cet été. Depuis, il a monté son truc, et il semble que ça marche très bien. Si bien qu’il m’annonce qu’un investisseur est prêt à mettre de l’argent dans sa boîte. Et que, du coup, il m’offrirait le poste de DA. Rien n’est encore fait mais, comme il dit, « tu peux considérer que c’est quasiment coulé dans le béton ». par contre, il sait ce que je coûte, et me demande si je suis prêt à avoir un salaire moins élevé que ce que j’ai déjà. Bien entendu, tout est négociable.
 
Je ne me fais pas d’idée, mais la nouvelle m’a remonté le moral. Je me sens un peu moins dans l’impasse et, surtout, ce sentiment d’être pourri me semble un peu moins une évidence : si on vient me chercher, c’est que je ne dois pas être si nul que ça. Là encore, affaire à suivre.
 
Et puis, ce matin, sur la demande de ma boîte, j’avais rendez-vous à 8 h 30 avec un docteur au centre-ville pour contrôle de mon état. Une heure de questions, de prise de notes… mais le type était charmant, physiquement pas mal. Un Français, de Toulouse, avec ce bel accent chantant. Là aussi, j’ai trouvé une personne souriante, très à l’écoute, qui ne juge pas, ne blâme pas, n’est pas au service du mandataire, mais du patient. Je suis parti de là soulagé, malgré le fait que cette visite sert à l’entreprise pour vérifier que l’état dans lequel je me trouve est bien réel et à faire éventuellement modifier mon traitement et mon arrêt maladie. Comme il faisait beau, je me suis promené un peu sur Sainte-Catherine, puis je suis retourné à la maison.
 
Tout à l’heure, Cyril rentrera du travail. Et ce sera le weekend.

Cadeau-surprise

Jeudi 21 décembre 2006

Retourné voir le docteur hier, prolongé jusqu’au 1er mars, au moins.

C’est long, beaucoup trop long. D’autant plus que je suis payé plein salaire par la boîte jusqu’au 4 janvier (grâce à mes jours maladies et heures supplémentaires). mais que dès le 5, plus rien. En effet, il y a une période de deux semaines sans aucun revenu avant que le Bureau de l’Assurance Emploi commence à verser les prestations de maladie. 55 % du salaire seulement.

55 %. C’est ridicule. Dans ces conditions, et avec le petit salaire de Cyril, je ne vois pas comment je pourrais rester en convalescence si longtemps. Je vais sans doute devoir retourner travailler avant d’être rétabli et complètement opérationnel. Mais c’est comme ça, pas le choix.

Un beau cadeau pour Noël, vraiment.

Envie…

Mercredi 20 décembre 2006

… de faire de la cuisine, de faire de la musique (ce qui est le cas depuis que je suis à la maison), de peindre, d’être en été, d’entendre le chant des oiseaux, d’avoir plein plein de sous juste pour faire des cadeaux, de voir des gens, d’en rencontrer de nouveaux, de créer une troupe et monter un spectacle (si si, j’ai vraiment envie de ça !), d’écrire des chansons et de tenter de les interpréter (je pense que je vais le faire un jour, bientôt), de retourner en Inde du Sud plusieurs semaines avec un sac à dos, de m’amuser, de changer de métier, d’avoir un resto/lounge bar/b&b (en fait, quelque chose où j’accueille des gens que je ne connais pas), de me sentir aimé pour ce que je suis et ce que je fais, de parler à quelqu’un qui ne le sait pas (mais qui pourtant me lis), de le rencontrer pour mieux le connaître, de faire un jardin sur la terrasse de derrière, de monter sur les toits de Paris et observer la vie qui s’agite en bas, d’avoir un destin hors du commun, de vivre et de mourir en même temps, de faire l’amour, de dormir, de voir la répétition générale en costumes du Lakmé qu’Adam à mis en scène en février à l’opéra de Montréal (comme il me l’a promis d’ailleurs), de revoir Katerine en concert encore et encore, de photographier les yeux (et juste les yeux) de tous les gens que je connais, d’avoir l’intégrale des films de Truffaut, de revoir Stéphane (pas mon ex, non, surtout pas, mais mon copain d’Estienne dont j’étais amoureux, enfin je crois), de revoir Patrice, d’embrasser des garçons inconnus et de ne plus jamais les revoir, d’embrasser des filles et de ne plus jamais les revoir, que l’on m’offre la Wii ou la PS3, de passer la journée à somnoler, collé contre Cyril, d’avoir un métier artistique qui me (nous) rende heureux, riche et célèbre (mais surtout heureux), de prendre des risques en sachant que je vais réussir, de changer de lit et de tables de chevet, de revendre le rétro 42 pouces pour le remplacer par un ACL d’au moins 48 pouces, de revendre nos DVD (près de 700, ça prend trop de place) en sachant que je le regretterai aussitôt, d’être plus intelligent, de reprendre les études et d’être brillant, de créer un magazine (comme on imaginait le faire avec Nadine quand on bossait ensemble à Nova), de manger ce que je veux sans jamais prendre un gramme, de voyager, d’être capable de me dépasser, de réussir à me comprendre, de revoir mes parents, de revoir Goudy, de revoir ma grand-mère, que Cyril ait le travail qu’il mérite, de pouvoir jardiner, de bricoler, de faire de la déco (j’adore ça), de ne plus avoir aucun souci, d’être toujours de bonne humeur, d’être Place de la Bastille, d’être à la terrasse d’un café et regarder les gens passer, d’avoir les idées claires, d’être libre dans mes choix, de perdre du poids (mais sans faire d’effort), d’avoir plus de cheveux, de ne plus avoir cette phobie des ongles (oui, je sais, c’est ridicule), d’avoir une belle maison avec un grand jardin, de retourner au Musée des Beaux Arts du Canada à Ottawa (mais pas en hiver), qu’il n’y ait pas de neige cette année, de voir d’autres arbres que toujours des érables et des pinèdes, de faire réparer la petite pendule art déco, d’avoir une fenêtre dans le bureau, de rougir moins facilement, d’aller à la bibliothèque et de passer ma journée à écrire (pour autant que je sois inspiré), par extension, de devenir écrivain (mais ça n’arrivera pas), d’avoir des nouvelles de Riton, de Huguette, de Fifi, de Cyril, de Philippe, de rire aux larmes, d’avoir quatorze ans pour ne pas faire les mêmes erreurs, d’en avoir soixante pour ne plus avoir à m’en faire, de plein d’autres choses encore.

Mais pas du tout, mais vraiment pas, envie de retourner au boulot.

Psy cause

Mercredi 13 décembre 2006

psy.jpgL’unique avantage de ce qui arrive — et c’est bien le seul — c’est que j’ai maintenant du temps pour écrire ici. Par contre, la verve n’est pas encore là, mais je ne désespère pas. Voilà au moins quelque chose pour lequel je n’ai pas totalement perdu espoir.

J’ai franchi le pas, j’ai écouté les conseils : hier, j’ai contacté un psy. C’est énorme. Le rendez-vous a été pris, c’est demain après-midi. Je n’ai aucune idée de comment ça va se passer, mais d’après ce que l’on m’en a dit, je dois m’attendre à chialer pendant toute la séance. Et vraisemblablement, me mettre ensuite à la recherche d’un autre praticien, il paraît que le premier n’est jamais le bon.

En tout cas, je me fais plus que violence : j’ai toujours pensé que quelqu’un qui se fait payer pour écouter ne peut être honnête ou sincère. Un charlatan, comme dit Benoît. Et puis, me raconter, me confier à quelqu’un qui ne me connaît pas… est-ce vraiment indispensable ? Mais peut-être me trompé-je, il est temps que je me laisse une chance.

À vrai dire, je n’ai plus vraiment le choix.

Geneviève

Mardi 12 décembre 2006

Tout ce qui arrive est à cause de toi. Juste toi, et personne d’autre. Tu le sais, et c’est d’ailleurs ça qui te plaît. Car au plus profond de toi-même, tu es mauvaise. Tu connais ta position, tu sais le pouvoir que tu as et tu en abuses. Tu es une vraie garce.

Tiens, regarde-toi : tout en toi hurle la méchanceté et la médiocrité. Même ton physique ne ressemble à rien. Même ton visage est d’une banalité à pleurer. Tu n’es pas laide, non. Ni laide, ni belle. Tu n’es même pas ordinaire. Tu ne dégages strictement rien, ne suscites aucune réaction, si ce n’est de la méfiance. Sais-tu comment l’on te surnomme ? Le rapace. Ton nez crochu ressemble à un bec et tes yeux perçants, froids, n’ont aucune lueur d’humanité. Lorsque tu me regardes, je m’attends à ce que tu fondes sur moi et m’attrapes entre tes doigts crochus.

Geneviève, Jeune-Vieille.

Et ta voix. Cette voix insupportable, haute perchée, métallique, désagréable comme le crissement d’une craie sur un tableau noir. Et lorsque tu t’exclames, que tu ries, c’en est insoutenable.

Rien en toi n’est ni gracieux, ni féminin. Tu es vulgaire, inculte, obscène. Tu n’as aucune finesse, aucune grâce, aucune subtilité. Tu n’es que bobard, que mensonge. Tu passes ton temps à te contredire, à te trahir sans que tu t’en rendes compte. Et tout ça, avec une insolente assurance, un aplomb qui me laisse pantois.

Même ton prénom m’insupporte. Il est lourd et graisseux, comme des auréoles sur un tablier, comme de la vieille friture nauséabonde… Geneviève, Jeuneuviaive, Jeuuuneviayyyyv… Ton prénom ne se prononce pas, il s’éructe, se dégueule, se dégobille et se répand comme de la bile.

Tu fais le mal autour de toi, car tu es le mal. Mais personne n’est dupe, tout le monde le sait, tout le monde le dit. Et quand tu risques d’être démasquée, quand tes coups bas sont sur le point d’être découverts, tu t’arranges pour faire disparaître les alibis et les gêneurs. Tu montes les uns contre les autres, tu divises pour mieux régner. Tu agis dans l’ombre, par derrière… car tu es lâche. Tu es une hyène.

Oui, c’est ça. Tu n’es pas un rapace, tu es une hyène.

Genevhyène.

Obnubilation

Lundi 11 décembre 2006

J’ai la tête pleine de brume depuis deux jours et, surtout, je suis très fatigué. C’est simple, je passerais tout mon temps à dormir si je n’avais toutes ces choses auxquelles je ne peux m’empêcher de penser, en permanence.

Car c’est plus fort que moi, je cogite sur le boulot, sur comment je vais bien pouvoir continuer comme ça, sur ce qui va se passer ensuite. J’ai perdu presque toute confiance en moi, je n’arrive plus à structurer mes idées, la simple pensée des derniers événements au travail suffit à faire ressortir ma colère et cette sourde panique. Je deviens parano, j’ai l’impression que tout et tout le monde est contre moi, je me sens trahi, impuissant, dévasté.

En même temps, paradoxalement, ce repos forcé me met mal à l’aise. Le sentiment d’abandonner mon équipe, la crainte de me faire virer suite à cette convalescence, ces choses-là me stressent terriblement et m’empêche de vraiment me reposer. Mes yeux se remplissent d’eau pour un rien, tout le temps. D’ailleurs, dans la salle d’attente du cabinet médical samedi, puis face au docteur, impossible de retenir mes larmes. Mon orgueil et ma fierté en prennent un sacré coup !

Je dois donc ne plus prendre sur moi et laisser ce monde-là tourner tout seul. Je dois décompresser, me rassembler, me retrouver, me reconstruire. Moi qui n’ai jamais connu cette situation auparavant, je trouve l’expérience plutôt rude. Je ne me reconnais tout simplement pas et j’ai du mal à croire que seuls le boulot et cette extrême fatigue suffisent à me rendre tant malade. Il doit bien y avoir une raison cachée quelque part, mais quoi ? Où ?

Je me croyais tellement plus fort que ça…

2 weeks off

Samedi 9 décembre 2006

Et voilà, il fallait bien que ça arrive. Les nerfs qui lâchent, les plombs qui pètent.

Cyril m’a traîné chez le médecin ce matin, le verdict est tombé : nervousse braikdaoun comme ils disent dans Les tontons flingueurs. Ou burn-out, comme on dit ici. Résultat : repos, repos et repos pour les deux prochaines semaines. Et plus, si affinité.

Déménager au Québec, terre de calme et de volupté s’il en est, berceau du respect et de l’amitié, et atteindre quarante ans pour en arriver là… faut le faire. Au moins, je vais avoir le temps de chercher un taf ailleurs. Vite, ça presse.