L’effet cathartique
Samedi 20 janvier 2007
Je sais que quelque chose d’infime, d’imperceptible, change en moi. Je n’arrive pas encore à identifier ce que c’est, mais j’ai l’impression que l’un de mes rouages depuis longtemps rouillés se débloque petit à petit… La machine pourrait bien se remettre en marche.
Des envies de plaisirs, de rencontres, de découvertes. Oh, c’est encore très léger, il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais j’ai le sentiment que c’est là, quelque part, et que ça reprendra sa place. La pièce manquante du puzzle va être retrouvée, nous sommes à sa recherche. Nous, car ce n’est pas un travail que je fais seul…
Contre toute attente et malgré mes a priori très négatifs du début sur l’utilité de sa profession, ma psychologue m’aide beaucoup. C’en est même bluffant. Chaque jeudi soir, après une heure passée avec elle dans son cabinet, j’en ressors plus léger, un peu assommé, avec un nœud dans la gorge et des larmes aux yeux. Pas de ces envies de pleurer qui vous attristent et vous font mal, non. Les miennes sont libératrices, salvatrices, confortables. Comme si un incontrôlable trop-plein d’émotion devait absolument s’échapper par tous les moyens possibles.
D’ailleurs, à partir de maintenant et d’un commun accord avec la psy, j’irai la voir deux fois par semaine. Il me reste malgré tout beaucoup de travail à faire et de choses à comprendre. Je ne sais où tout cela m’emmènera, mais oui, ça me fait du bien. Alors, il faut en profiter.
Profiter. Voilà un mot que je redécouvre. Je veux y mordre à pleine vie et à pleines dents. J’ai envie de le savourer, de le manger, de le dévorer goulûment, avidement… J’ai besoin de le connaître, de le côtoyer, de me souvenir combien il est bon et doux, à quel point il peut faire du bien…
À quel point il fait vivre.
Idées claires
Mercredi 10 janvier 2007
Les choses se remettent petit à petit en place. Le moral est presque totalement revenu, il ne reste que le physique qui n’est pas encore là : toujours très fatigué, je peux faire jusqu’à trois ou quatre siestes par jour. J’ai besoin d’encore un peu de temps avant de pouvoir retourner travailler, mais pour ce qu’il y a dans la tête, ça va bien.
D’ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? La raison de ce burn-out, c’est le boulot, l’attitude de l’entreprise envers ses employés, ce manque de respect, de reconnaissance, le mépris à peine dissimulé de ses dirigeants pour ceux qui sont pourtant la clé de son succès et de sa réussite. On peut tout me demander, mais il faut me respecter… ce qui n’était pas le cas. Et je ne parle pas de l’organisation plus que foireuse qui rend le travail impossible, le manque de cohérence et de logique dans les actions. J’ai pourtant tout donné, tout fait pour optimiser et améliorer les processus, apporter de nouvelles idées, changer les choses… en vain. Dans cette boîte, il faut être un mouton, être un yes man, fermer sa gueule et accepter l’inacceptable.
Aujourd’hui, je sais que je ne l’accepte plus. J’ai été aveuglé par mon orgueil, par ma volonté d’être celui qui allait faire en sorte que tout fonctionne enfin. Je ne me suis pas rendu compte de l’ampleur de la tâche et que lorsque les murs sont pourris, rien ne sert de changer le papier peint et de passer un coup de peinture fraîche, la maison finira par s’écrouler quoi qu’il arrive. Peut-être ai-je été trop… professionnel ? Le désir de bien faire, d’accomplir mes missions… de faire mon travail. Voilà ce qui a eu raison de moi.
Je me sens plus léger, je sais maintenant que j’ai fait mon temps là-bas, que tout cela ne va bientôt être qu’un mauvais souvenir, une expérience supplémentaire dont je finirai par tirer quelque chose de positif, un jour. Car depuis hier, je sais où je m’en vais. Je n’en dirai pas plus pour le moment, plus d’infos à venir fin février, début mars.
Finalement, je ne dois pas être si nul que ça. C’est quelque peu rassurant.
Trois-cents fois moi
Mercredi 3 janvier 2007
Je viens de me rendre compte que le précédent billet, daté du 1er janvier — ironie des dates — est le 300ème publié.
Environ cinq années séparent le premier texte de celui-ci. Cinq ans pour trois-cents textes. C’est peu, comparé à ce qui se trouve partout ailleurs. Peu, et beaucoup : nombre de blogs ne survivent pas plus de quelques mois.
Trois-cents billets. Pour qui ? Pour quoi ? Pour moi, d’abord : quelques-uns en mars 2002 (qui n’ont pas résisté aux temps), 11 en 2003, 113 en 2004, 115 en 2005… et 59 en 2006. Soit plus des deux tiers en 2004 et 2005.
Rien n’est dû au hasard, toute chose a toujours une raison, une explication. Ces morts autour de moi, ces souffrances, ont eu cela de bénéfique qu’elles ont permis de faire sortir de moi ces ombres noires depuis longtemps enfouies. Ce carnet a été mon psy, mon exutoire, mon indispensable confident, de longs mois durant, celui qui a pu m’écouter sans me juger, qui a pu me comprendre sans me poser de questions. Celui qui, parfois, m’a tendu la main, ouvert les yeux, au détour d’un commentaire.
Grâce à lui, je me suis fait quelques amis — rares — mais fidèles. J’en ai rencontré quelques-uns, entendu la voix de certains au gré de conversations téléphoniques… et puis les autres, dont je devine la chaleur au travers de leurs mots.
Je n’ai pas toujours été à la hauteur de moi-même, j’ai souvent dérivé, par négligence, par désespoir ou par paresse. Mais je suis toujours resté fidèle, finalement. Je ne sais par quel miracle, tout cela m’est encore un grand mystère insondable. Mais voilà, il est encore là, ce fameux carnet. Fidèle au poste, prêt à m’écouter, attentivement, humblement.
Je me retourne rapidement et jette un coup d’œil en arrière. Rien de nostalgique ni de pathétique, juste une sorte de bilan sur ces années de blog, juste quelques billets que je sors du lot…
Voici donc le billet…
… le plus court : …Bitch
… dont je suis fier : Mon père
… le plus personnel : Avancer
… que je ne veux plus écrire : Cette si terrible absence
… dont j’ai honte : Une fille bien
… le plus faux-cul : I am straight
… le plus documenté : Memento Mori
… le plus utile : Tristes fantômes
… le plus nul : Branleurs
… le plus impatient : Déjà…
… le plus con : Dancing Queens
… le plus commenté : Explication codée
… le plus obscur : Humani Nihil a me alienum puto
… le plus imagé : Te souviens-tu ?
… le plus « Brokeback Mountain » : Stéphane
… le moins « Brokeback Mountain » : Dimanche matin
… que je regrette : il a été supprimé.
Réveillon à la con
Lundi 1 janvier 2007
La nouvelle année commence comme la précédente s’est achevée : dans l’indifférence et la morosité.
Je déteste le passage du 31 au 1er. C’est la déprime la plus totale, la loose intégrale. Je n’ai jamais vraiment compris ce qui peut motiver les gens à fêter un changement de date. Pourquoi ne pas célébrer chaque nouveau mois, chaque nouvelle semaine ?
Oui, je sais, le symbole du renouveau, les résolutions à tenir, etc. Non, ce n’est pas mon truc. Rien ne renait jamais, les résolutions sont toujours transgressées. Et puis il faut dire que cette année, plus que les autres, j’ai encore moins la tête à la fête, et il faut dire ce qui est : pour fêter, il faut être plusieurs, et on est seuls. Notre cercle d’amis est bien trop récent et restreint pour faire quoi que ce soit.
Pour Cyril, l’esprit y est un peu, sa famille l’appelle et lui donne un peu idée de l’ambiance sympa là-bas. Moi, rien, nada. Pas un coup de fil, même pas un courriel. Ça m’ennuie de l’avouer, mais ça me fait mal. Un petit peu, juste un poil. Mais quand même… quelle belle famille.
Du coup, hier soir, on est resté devant la télé à regarder Patrick Sébastien. Un peu plus tard que d’habitude, car c’est réveillon. Même pas fait à bouffer, on a grignoté du pâté et du fromage de chèvre. Cyril s’est fait une soupe juste avant, et un Kinder juste après.
Au moins, il a eu une surprise.