Gênant et indécent

Lundi 2 juillet 2007

Oui, c’est vrai, je rumine ma frustration. Et un peu de colère, aussi.

Parce que ce milieu-là ne sait que se regarder le nombril et se fout du reste. Pas étonnant qu’il y ait autant de pédés à bloguer.

Aussi, parce qu’il y a quelques semaines (alors que j’étais en convalescence depuis peu et que ça n’allait pas bien du tout dans ma tête), quelqu’un m’a dit quelque chose qui m’a remué sur le coup, et qui m’a fait très mal ensuite.

Mais j’aurais dû me douter que j’allais morfler. On doit toujours se méfier lorsque l’autre commence sa phrase par « je ne dis pas ça pour te faire de la peine, mais… ».

Mais quoi ?

« …Mais ça fait longtemps que je ne te lis plus, car j’ai l’impression que tu n’écris que pour t’apitoyer sur ton sort et te faire plaindre, et je trouve ça gênant et indécent ».

Voilà pourquoi je n’écris plus rien, pourquoi je n’ose plus rien écrire. Pourquoi je me sens mal dès que j’ai envie de dire un truc important pour moi et que je ne peux pas le faire. Parce qu’on ne me comprend pas. Que l’absence de commentaire en est la preuve. Que je me suis peut-être trop confié, trop laché, simplement parce que j’en avais besoin, simplement parce que je n’avais personne sur qui m’appuyer sans craindre d’être jugé… et qu’on a vu là-dedans que de l’exhibition, que de l’étalage… et, pire que tout, que l’on a pu penser que j’ai pu faire le cabot. Pour que l’on me plaigne et me flatte. C’est gerbant.

Pourtant, croyez-moi, c’est extrêmement difficile de sortir de soi-même, de prendre du recul avec ce que l’on ressent, ce que l’on est. J’ai même la faiblesse de croire que non seulement ce n’est pas donné à tout le monde, mais que ça demande un certain talent.

Je supporte difficilement l’indifférence… mais l’incompréhension et l’injustice me détruisent et m’achèvent.

Voilà pourquoi, si je dois à nouveau écrire comme j’écrivais avant (mais qui est ma seule raison valable de tenir un carnet), si je trouve à nouveau l’énergie pour le faire, je doute que ça soit ici, vous, sachant qui je suis, d’où je viens.

Voilà. Et merde.

17 réponses vers “Gênant et indécent”

  1. Laurent a dit

    Tu n’écris plus à cause d’une seule personne ?

  2. Marc a dit

    Oui… c’est con, hein ?

  3. Laurent a dit

    Ben, heu… je me permettrai pas de juger… :-)

  4. Daarxide a dit

    Hello. Je ne te connais pas et je suis passé par hasard sur ton blog de lien en lien. Je lis tes billets en les comprenant parfois, mais pas toujours. D’autres blogs que j’aime lire aussi parfois suscitent en moi des sentiments variables de plaisir, d’indignation, d’écoeurement, d’ennui.

    Si tu écris au monde, tu es fatalement en lien avec d’autres que tes amis et tu le sais. Tu ne peux pas à la fois te plaindre de ne pas avoir de commentaires et ne pas supporter ceux qui ne vont pas dans ton sens. Celui qui t’a blessé n’a fait qu’exprimer son avis, il n’est pas le seul, tout le monde ne pense pas comme lui, mais il a le droit de le dire et il a eu le courage de chercher à communiquer son malaise.

    Bonne chance à toi ici ou dans d’autres tentatives de messages…

  5. Marc a dit

    Daarxide… tu te plantes, tu as compris exactement le contraire de ce que j’explique.

    Je n’écris pas pour mes amis. Surtout pas, bien au contraire : j’aimerais être plus anonyme pour ceux qui me lisent. Je ne me plains pas non plus de ne pas avoir de commentaires, je dis simplement que l’absence de commentaire est peut-être le signe que je ne suis pas compris.

    Je n’ai aucun problème avec la critique, pour autant qu’elle soit constructive. Si ce n’était pas le cas, je pratiquerais la censure, ou mieux, j’interdirais les commentaires.

    Enfin, je n’ai jamais écrit que ce que cette personne m’a dit était en commentaire. Ça a été dit verbalement, en face à face, avec des mots sortis directement de sa bouche. Et c’est un « ami », quelqu’un que je connais depuis bien avant le carnet. Quelqu’un qui, supposément, devrait me connaître… au moins, plus que ceux qui me lisent ici, et qui pourraient me juger et se planter, justement.

    C’est précisément ça, qui rend la chose difficile à accepter.

  6. Stéphane Z. a dit

    Mais que les gens que ça emmerde de lire ça ferment leur gueule et aillent voir ailleurs au lieu de faire toutes sortes de commentaires…

  7. Lebowski a dit

    Je te comprends. Honnêtement je ne sais pas quoi rajouter.

    J’ai redémarré mon blogue pour la quatrième fois (je ne sais plus combien de fois à vrai dire) hier soir. Parce que je l’ai fait pour MOI. C’est pas plus important que chez le voisin ce qui nous arrive dans la vie. Je veux dire par là que ce qu’il se passe dans ma vie ne justifie pas le fait d’avoir un blogue. J’ai un journal parallèlement à mon blogue ; le genre de truc trop personnel pour être publié. Mais mon blogue c’est MON NOMBRIL que je veux montrer à l’autre et les commentaires sont les bienvenues. Sinon à quoi ça sert un blogue… de changer le monde ? Je ne sais plus ce que je dis et je perds un peu le sujet de ta note, désolé.

    Ce que je veux dire Marc c’est qu’un blogue est un fast food, une télé avec plusieurs chaînes que l’on peut zapper quand ce que l’on lit nous emmerde. Quand on blogue, on devient tous des sous-produits dérivés d’un genre de reality-show où la « bull shit » rencontre le sincère et qu’un coup que tu publies ton histoire sur le web, les gens font ce qu’ils veulent avec. T’as plus le contrôle d’un texte important pour toi, t’as pas le choix de laisser passer tes états d’âme par le filtre des autres et ce qui en sort ce n’est pas toujours ce que l’on veut.

  8. Marc a dit

    Qu’un lecteur lambda de mon carnet me dise un truc comme ça, ça passe, c’est même légitime. Le truc, Martin, c’est que c’est quelqu’un que je connais et apprécie qui m’a dit ça, de vive voix.

    Quelqu’un qui, à priori, me connait plus que ceux qui me lisent ici. Que c’est une personne qui, à un certain moment, savait les trucs que je vivais parce que je les lui racontais.

    C’est aussi quelqu’un qui est passé par des trucs difficiles pour lui et que j’ai été là pour l’écouter et l’aider.

    Sur le coup, ça m’a juste surpris. C’est par la suite que ça a mariné dans ma tête et que j’ai réfléchi à tout ça.

    En gros, voilà la situation : si quelqu’un qui me connait pense un truc pareil, comment ceux qui ne me connaissent pas peuvent comprendre ? C’est super difficile de parler de soi, mais là, ça bloque.

  9. Redrag a dit

    Une personne censée te connaitre saurait que c’est important pour toi d’écrire…

    Pour des proches, il est parfois difficile de lire certaines choses, on ne sait des autres que ce que l’on veut bien savoir.

    L’absence de commentaire est la preuve que l’on ne s’apitoie pas sur toi. Certains de tes billets n’amènent simplement pas de commentaires.

  10. Ambiome a dit

    « Pour des proches, il est parfois difficile de lire certaines choses »

    « Certains de tes billets n’amènent simplement pas de commentaires »

    Ces deux phrases reflètent exactement ma pensée.

    Je te lis, mais je commente peu, parce que tu n’as certainement pas besoin que je te dise « oh mon pauvre… » quand ça ne va pas, et aussi parce que parfois, tes mots me touchent très fort, mais je ne saurais exprimer de façon assez juste ce qu’ils m’inspirent sans ramener tes souffrances aux miennes. Ici c’est chez toi, pas chez moi. Je me tais, mais je n’en pense pas moins.

    Je vais tout de même revenir à moi-même, par rapport à la première phrase que j’ai citée : c’est précisément parce que mes proches ne devraient pas tout lire que j’ai un blog « privé ». Parce que j’y livre des bouts de moi sans détour, et que les gens que l’on connait ont besoin qu’on leur dise nos douleurs avec des pincettes… sans compter ceux qui ne veulent pas comprendre que l’on n’est pas sans faille…

    Bref, moi j’ai envie de te dire de continuer, parce qu’écrire aussi, ça fait du bien, c’est important d’avoir cet exutoire, surtout quand ça va mal.

  11. Nono a dit

    Je vais me faire un peu l’avocat du diable, car j’ai eu l’occasion de dire dans des termes un peu similaires ce que t’as dit cet ami (en tout cas sur l’aspect gênant et indécent).

    Dans mon cas, ces termes n’étaient pas une critique envers l’autre, mais en fait le constat d’une faiblesse de mon côté. J’étais moi-même en phase dépressive et je voyais cet ami se confier à mon partenaire sans aucun problème alors que moi j’avais toutes les peines du monde à exprimer mon mal-être et à demander de l’aide.

    Ces termes d’indécent et de gênant dans mon cas exprimaient une envie, de la jalousie même sans doute. J’admire beaucoup les gens qui arrivent à écrire avec une telle aisance, quel que soit le thème abordé et j’aimerais tant pouvoir en faire autant. Mais voilà, je ne sais pas le faire et tout sentiment que j’éprouve ou toute situation vécue se retrouve sur une page blanche à l’état d’une banale phrase sujet – verbe.

    Je ne cherche pas à excuser cet ami, car je ne suis pas à sa place, je ne sais pas ce qu’il a voulu dire vraiment et ça n’est pas mon rôle. Tout ce que je peux dire c’est que ce que tu as entendu n’est peut-être pas ce qu’il a voulu dire. Et je trouve cela dommage que cela puisse, d’une part, remettre en question votre amitié et d’autre part, te faire arrêter une activité qui est peut-être (sans doute ?) pour toi nécessaire et libératrice.

    Quant au fait de ne pas laisser de commentaires, en ce qui me concerne, mes mots seraient d’une telle banalité face à ce que tu exprimes que cela reviendrait purement et simplement à un « accusé de lecture ».

    En attendant de te lire ;)

  12. Daarxide a dit

    Bon, désolé d’avoir tout compris de travers… en tout cas, tes adieux suscitent des commentaires ! ;)

  13. Marc a dit

    Daarxside : no problemo, je n’ai pas été très clair non plus.

    Ce qui est drôle, c’est que je n’ai jamais fait d’adieux. J’ai juste dit que j’ai de plus en plus de difficulté à écrire des trucs de fond. Ça parait d’ailleurs assez clairement depuis plusieurs mois, je crois.

    Ambiome : c’est toi qui as raison, avec ton carnet privé. C’est peut-être ça que je devrais faire, malgré le fait qu’aucun proche ne me lit ici.

    Nono : Je ne sais pas trop quoi dire, qui ne me donne l’impression de faire mon Caliméro. C’est le genre de situation qu’il faut vivre pour comprendre précisément la façon dont ça se passe. J’ai sans doute tendance à trop prendre à coeur les choses…

    Redrag : je déteste que l’on me plaigne, c’est le meilleur moyen de me faire fermer les commentaires. Par contre, c’est important d’avoir quelques fois des réactions. Ça donne moins l’impression de s’exprimer dans le vide.

  14. Farf a dit

    J’ajoute ma signature au commentaire d’Ambiome, qui a dit ce que je t’aurais dit… je voulais t’écrire un mail, un mot, mais ce n’est plus la peine :)

    En tout cas, je reste là, à te lire, des fois de très très loin, quelquefois beaucoup plus proche, toujours en silence. J’ai réduit mes lectures à une poignée de blogs, les commentaires, c’est quasiment terminé aussi, je suis ravi de mes 5 visiteurs par jour… je crois qu’il faut arrêter de se prendre la tête avec tout ça :)

    Je t’embrasse, Marc.

  15. k' a dit

    Je ne sais trop quoi ajouter si ce n’est que ce qu’a dit ton ami n’est probablement basé que sur une mécompréhension… (J’ai du mal à imaginer comment on peut trouver tes écrits indécents ou gênants d’ailleurs) qui s’explique peut-être par le fait que quand on lit quelque chose, on analyse avec ses propres schémas… et chacun a ainsi sa propre vision des choses qui n’implique que lui.

  16. Clodoweg a dit

    Salut Marc.

    C’est fou, le nombre de fois où j’ai pu lire en commentaire à des notes, des discours semblables à celui que tu rapportes. J’en ai même lu, dans une revue, un développement sur deux pages, produit par un supposé philosophe, à grand renfort de citations des maitres stoïciens.

    Ce qui me scie, dans ce discours sur la gêne et l’indécence, c’est la pauvreté et la banalité de la pensée qui le produit. C’est la vieille morale puritaine : sois modeste, ne te mets pas en avant, souffre sans te plaindre, etc., etc. Des balivernes que nous traiterions avec l’indifférence qu’elles méritent si, à force de les entendre rabâcher et de vivre dans une culture qu’elles ont façonnée, nous n’en avions l’esprit profondément pollué.

    Par contre, ce qui m’intrigue, c’est l’état d’esprit, à ton égard, de l’ami qui a prononcé ces paroles. D’autant plus qu’il a fait précéder son petit discours d’une dénégation en bonne et due forme.

    Peut-être son agressivité est elle le signe qu’il ne va pas bien et aussi une façon de te reprocher de ne pas suffisamment t’intéresser à ce qu’il ressent, lui, et de ne pas le plaindre autant que tu devais le faire, à son avis.

    Je t’embrasse.

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