S’imaginer autrement
Samedi 24 mars 2007
Le temps passe et ne laisse aucune empreinte. Mon regard se pose sur les nuages blancs, moutons insouciants perdus dans l’immense prairie bleue. Le vent qui les anime fait bouger les choses, mais mon esprit, lui, reste immobile. Rien ne change jamais.
Ma vie s’écoule lentement, inlassablement, charriant boue et débris. Pourtant, l’eau semble claire et fraîche, mais le fond n’est que vase et limon. Comme la rivière, on ne sait d’où elle vient ni où elle va. Mais qui s’en soucie vraiment ? Il me faudrait juste une cascade, un barrage, quelque chose qui anime la monotonie de mon fleuve. Juste comme ça, pour essayer, pour voir ce que ça ferait.
Je voyage et m’imagine dans un idéal utopique ou je serais différent. Ma tête est pleine de couleurs qui n’existent pas… mais la vie coule sur moi comme sur une toile cirée. Discrètement, en silence. Sans jamais me mouiller. Sans laisser de trace.
J’aimerais, pour une fois, qu’elle m’éclabousse.
L’effet cathartique
Samedi 20 janvier 2007
Je sais que quelque chose d’infime, d’imperceptible, change en moi. Je n’arrive pas encore à identifier ce que c’est, mais j’ai l’impression que l’un de mes rouages depuis longtemps rouillés se débloque petit à petit… La machine pourrait bien se remettre en marche.
Des envies de plaisirs, de rencontres, de découvertes. Oh, c’est encore très léger, il y a encore beaucoup de chemin à faire, mais j’ai le sentiment que c’est là, quelque part, et que ça reprendra sa place. La pièce manquante du puzzle va être retrouvée, nous sommes à sa recherche. Nous, car ce n’est pas un travail que je fais seul…
Contre toute attente et malgré mes a priori très négatifs du début sur l’utilité de sa profession, ma psychologue m’aide beaucoup. C’en est même bluffant. Chaque jeudi soir, après une heure passée avec elle dans son cabinet, j’en ressors plus léger, un peu assommé, avec un nœud dans la gorge et des larmes aux yeux. Pas de ces envies de pleurer qui vous attristent et vous font mal, non. Les miennes sont libératrices, salvatrices, confortables. Comme si un incontrôlable trop-plein d’émotion devait absolument s’échapper par tous les moyens possibles.
D’ailleurs, à partir de maintenant et d’un commun accord avec la psy, j’irai la voir deux fois par semaine. Il me reste malgré tout beaucoup de travail à faire et de choses à comprendre. Je ne sais où tout cela m’emmènera, mais oui, ça me fait du bien. Alors, il faut en profiter.
Profiter. Voilà un mot que je redécouvre. Je veux y mordre à pleine vie et à pleines dents. J’ai envie de le savourer, de le manger, de le dévorer goulûment, avidement… J’ai besoin de le connaître, de le côtoyer, de me souvenir combien il est bon et doux, à quel point il peut faire du bien…
À quel point il fait vivre.
Psy cause
Mercredi 13 décembre 2006
L’unique avantage de ce qui arrive — et c’est bien le seul — c’est que j’ai maintenant du temps pour écrire ici. Par contre, la verve n’est pas encore là, mais je ne désespère pas. Voilà au moins quelque chose pour lequel je n’ai pas totalement perdu espoir.
J’ai franchi le pas, j’ai écouté les conseils : hier, j’ai contacté un psy. C’est énorme. Le rendez-vous a été pris, c’est demain après-midi. Je n’ai aucune idée de comment ça va se passer, mais d’après ce que l’on m’en a dit, je dois m’attendre à chialer pendant toute la séance. Et vraisemblablement, me mettre ensuite à la recherche d’un autre praticien, il paraît que le premier n’est jamais le bon.
En tout cas, je me fais plus que violence : j’ai toujours pensé que quelqu’un qui se fait payer pour écouter ne peut être honnête ou sincère. Un charlatan, comme dit Benoît. Et puis, me raconter, me confier à quelqu’un qui ne me connaît pas… est-ce vraiment indispensable ? Mais peut-être me trompé-je, il est temps que je me laisse une chance.
À vrai dire, je n’ai plus vraiment le choix.
Obnubilation
Lundi 11 décembre 2006
J’ai la tête pleine de brume depuis deux jours et, surtout, je suis très fatigué. C’est simple, je passerais tout mon temps à dormir si je n’avais toutes ces choses auxquelles je ne peux m’empêcher de penser, en permanence.
Car c’est plus fort que moi, je cogite sur le boulot, sur comment je vais bien pouvoir continuer comme ça, sur ce qui va se passer ensuite. J’ai perdu presque toute confiance en moi, je n’arrive plus à structurer mes idées, la simple pensée des derniers événements au travail suffit à faire ressortir ma colère et cette sourde panique. Je deviens parano, j’ai l’impression que tout et tout le monde est contre moi, je me sens trahi, impuissant, dévasté.
En même temps, paradoxalement, ce repos forcé me met mal à l’aise. Le sentiment d’abandonner mon équipe, la crainte de me faire virer suite à cette convalescence, ces choses-là me stressent terriblement et m’empêche de vraiment me reposer. Mes yeux se remplissent d’eau pour un rien, tout le temps. D’ailleurs, dans la salle d’attente du cabinet médical samedi, puis face au docteur, impossible de retenir mes larmes. Mon orgueil et ma fierté en prennent un sacré coup !
Je dois donc ne plus prendre sur moi et laisser ce monde-là tourner tout seul. Je dois décompresser, me rassembler, me retrouver, me reconstruire. Moi qui n’ai jamais connu cette situation auparavant, je trouve l’expérience plutôt rude. Je ne me reconnais tout simplement pas et j’ai du mal à croire que seuls le boulot et cette extrême fatigue suffisent à me rendre tant malade. Il doit bien y avoir une raison cachée quelque part, mais quoi ? Où ?
Je me croyais tellement plus fort que ça…
Feu rouge, feu vert
Lundi 20 novembre 2006
L’autre matin, alors que j’étais dans la voiture pour me rendre au travail et que j’étais arrêté au feu, attendant qu’il passe du rouge au vert, j’ai brutalement saisi l’éternité de l’instant.
Ces gens, figés derrière leur volant, guettant l’autorisation de passer, rangés les uns à côté des autres dans leur petite boîte métallique, le visage tourné vers le même horizon… Comme si quelque chose d’énorme et de définitif allait arriver et que nous étions tous là, à attendre un premier signe imminent, prêt à assister à un spectacle éblouissant et irrévocable.
Cette immobilité, ce silence, cette quiétude sage et docile avaient quelque chose de réconfortant, de sublime. Comme si le temps avait enfin arrêté, figé dans quelque sorte de gel invisible que seul le vent pouvait encore défier, comme si tout souffle de vie avait disparu de ces corps statufiés… Sentiment divin de solitude.
Puis le feu est passé au vert, les automobilistes se sont réveillés, le bruit, le mouvement, la vie ont réapparu. Et moi, j’ai regretté ce retour à la réalité, cette invisible course vers la mort dont personne ne pourra décidément jamais échapper.
Further instructions
Samedi 28 octobre 2006
Épisode axé sur Locke. Un peu décevant, même si l’on découvre le personnage qui, décidément, est bien étrange et dont le passé semble être à l’opposé de ce qu’il paraît être. Quant à Desmond, il se peut qu’il joue un rôle bien plus important dans le déroulement de l’histoire que ce que l’on aurait pu imaginer. Téléchargement ici.
Le titre de cette série me va comme un gant : je me sens totalement perdu dans ma vie en ce moment. Je ne maîtrise rien, tout semble m’échapper, c’est le chaos. J’ai juste peur de ne pas arriver à tenir le coup, de me laisser aller et de faire des choses que je ne devrais pas faire.
Et puis cette saison qui ne pardonne rien, cette pluie glacée, ce ciel bas, cette neige qui va bien finir par arriver… tout ça n’aide pas à garder le moral.
Ça ne va pas super bien. Je ne vais pas super bien.
Lucides et déterminés
Mercredi 27 septembre 2006
Il aura suffi de peu de choses pour que je me rende compte à quel point le boulot m’aura atteint. Juste quelques semaines de repos loin des murs du travail et tout me semble clair. Je sais ce que je veux et, surtout, ce que je ne veux pas.
Ma carrière ? J’ai le sentiment d’en avoir fait le tour. Même si j’aime mon métier, je ne suis pas certain d’avoir envie de continuer à l’exercer… tout de moins, pas dans ces conditions. J’aspire à plus de tranquillité d’esprit, à plus d’indépendance. Je veux une qualité de vie encore meilleure, plus que n’importe quoi d’autre : je veux me donner la chance d’être le plus heureux possible.
J’ai repris le boulot lundi avec un tout autre état d’esprit : reposé, lucide, je sais clairement que c’est juste une question de temps. Nous ferons ce qu’il faut pour atteindre cette petite vie tranquille, celle qui nous donnera envie de la vivre pleinement, sans nous poser de questions.
Que faire ?
Vendredi 22 septembre 2006
Les vacances sont finies, nous prenons l’avion pour Montréal dans quelques heures. Le voyage en train d’hier a été particulièrement difficile : La Rochelle – Paris en 5 h 30 au lieu de trois heures ! Un retard de 1 h 30 au départ, puis des arrêts intempestifs en cours de route… Résultat : arrivée à Paris à 16 h 30 au lieu de 13 h 50. Quant à la SNCF qui, contrairement à ce qui a été annoncé dans le train, refuse de rembourser les voyageurs sous prétexte que le retard serait dû à un « incident de personne » (ce qui est faux puisque le départ du train a été retardé à cause d’un incident technique à Surgères), ils ont vraiment célébré les 25 ans du TGV d’une manière bien particulière ! Enfin bref, les gens étaient furieux, il y a failli y avoir une émeute. Les enveloppes de remboursements ont finalement été distribuées, mais au compte-goutte et à reculons. Scandaleux.
Je passe sur la queue incroyable à l’arrêt de taxi, nous avons enfin posé nos affaires chez Henri à presque 18 heures. Nous qui avions prévu de profiter de l’après-midi pour nous balader dans Paris et voir quelques personnes… Voilà une journée totalement gâchée.
Mais ces vacances m’ont fait beaucoup de bien, malgré qu’il m’a fallu plus de deux semaines pour décompresser et (presque) oublier le travail. Cet intermède m’a ouvert les yeux sur ma situation professionnelle : je ne peux continuer dans ces conditions. Cauchemarder toutes les nuits à cause du boulot, stresser le jour et me mettre la rate à l’envers est bien loin de mes objectifs de bonheur. Il est clair que je ne peux continuer ainsi, je suis épuisé et vidé, il va falloir trouver une solution.
D’autre part, j’ai le sentiment que mon histoire d’amour est peut-être terminée… ou plutôt, elle est durement éprouvée. Rien à voir avec Cyril, bien au contraire. L’histoire en question se passe entre moi et… Montréal/Québec/Canada/Amérique du Nord. Il y a un manque de repères dans ce pays que je ne parviens pas à combler et qui me saute au visage à chaque fois que je reviens en France. Sans doute l’impression est-elle amplifiée par ces sentiments et ces souvenirs qui me lient à ma maison oléronaise, mais je trouve que ça devient de plus en plus difficile de retourner à Montréal.
Au point que Cyril et moi parlons de peut-être revenir en France. À Oléron, évidemment, puisque c’est l’unique raison logique et éventuellement raisonnable de ce retour. La vraie difficulté sur l’île est l’emploi. Si nous avions la certitude d’y trouver un boulot, peut importe lequel pourvu qu’il subvienne à nos besoins, nous reviendrions immédiatement. Mais voilà, rien n’est moins sûr. Et si j’avais beaucoup d’argent, je me lancerais dès à présent dans l’aménagement de studios que je pourrais louer, ce qui nous ferait un apport financier non négligeable. Mais serait-ce suffisant ? L’idée de me séparer de cette maison m’est insupportable. C’est mon unique et ultime lien à la France, et je ne peux décidément pas me résigner à m’en séparer.
Et puis si Cyril devait pour une raison ou une autre retourner en France, il retrouverait tout ce qu’il a laissé derrière lui. Moi, c’est différent. Je n’aurai plus rien, plus aucun repère, plus d’endroits où aller, plus d’identité.
Je sais, tout ça peut sembler ridicule pour la plupart des gens, mais qui n’a jamais été confronté à ce cruel dilemme ne peut sans doute pas comprendre. Et pourtant, nous sommes bien à Montréal… mais je souffre de ces racines si vite arrachées à la mort de mon père. Disparition inattendue qui pourrait aujourd’hui tout remettre en question…
Hypocondriaque ?
Jeudi 27 avril 2006
Quelque chose en moi se détraque. Le mécanisme se grippe, la machine commence à ne plus bien fonctionner. Plus que certains signes évidents, je sens au plus profond de moi-même que la dégénérescence, si elle n’a peut-être pas encore tout à fait commencé, est à la porte de mon corps.
Ce talon qui me fait souffrir depuis deux ou trois semaines au point de me faire boiter au réveil. Ces problèmes d’estomac et de digestion. Cette fatigue latente. Ces baisses subites de moral.
Voilà, ça y est. C’est à mon tour.
Je pense à aller voir un médecin pour lui parler de tout ça. Mais je n’ai pas encore franchi le pas. Je sais que j’ai peur de ce qu’il pourrait me dire. Diabète ? Cancer ? Ah, celui-là, je l’attends de pied ferme. Je sais qu’il sonnera à coup sûr à ma porte, tôt ou tard.
J’en parlais hier au boulot, de cette fatigue dont je n’arrive à me débarrasser. Les filles semblaient dire que le stress au travail y était pour beaucoup. C’est vrai, elles ont raison. Mais je sais aussi que cet épuisement date de bien avant. Elles ont parlé de quelque chose, une maladie dont j’ai oublié le nom compliqué et dont les symptômes sont, entre autres, une grande fatigue quasi permanente et une hyper sensibilité à tout. La moindre contrariété, et c’est la déprime, et ce sont les larmes.
J’ai joué les fiers-à-bras en affirmant que non, ce symptôme-là, je ne l’ai pas. Que le moral va bien, merci.
J’ai menti.
J’y repensais hier soir, alors que je me détendais dans un bain chaud et réconfortant. Des baisses de moral, des larmes au bord des yeux, je dois en avoir dix fois par jour. Comme ça, sans raison. Avant, je mettais ça sur le compte des moments difficiles de ces dernières années, de ces deuils restant à faire. Aujourd’hui, je doute. Je me pose des questions. Je me demande si ces crises de déprime et d’anxiété ne viennent pas d’ailleurs, si la cause n’est pas plus physiologique.
Je crois que mon corps tente de me parler. Peut-être le temps est-il venu de ne plus faire semblant de l’ignorer. Et de l’écouter.
Psychotinanimé
Dimanche 2 avril 2006
Je voudrais être ailleurs, au soleil, sur la plage immense d’une île déserte. J’ai envie de sentir le vent chaud sur mon visage et l’air salé envahir mes narines. Je veux pouvoir regarder l’océan scintiller à perte de vue en sachant que personne ne sait où je me trouve et que personne ne me trouvera. J’ai envie de rêver que je suis seul au monde, que rien d’autre n’existe.
Ou l’inverse. Laisser le monde tourner sans moi. Ne pas exister. Ne pas être. N’avoir jamais été. Enfant, je rêvais d’être une chose, un objet. Une pierre, une chaise, n’importe quoi d’inanimé. N’importe quoi d’éternel.
Enfant, la vie me pesait déjà. Aujourd’hui, je sais que ce n’est pas d’elle dont j’ai peur et qui m’effraie. Ce sont les autres. Ceux qui me ressemblent, ceux par qui je me vois et me reconnais, ceux par qui je me sens exister. Ceux par qui je me vois vivre de travers. Ceux par qui je me dois de vivre.
Je sais, je suis un lâche. J’ai peur de la vie par pure couardise. C’est ainsi dès la première seconde où j’ai vu le jour et ça le restera jusqu’au dernier instant.
Ne me jetez pas la pierre, elle ne mérite pas tel traitement, bien au contraire. C’est à cette chose-là, déshumanisée, désincarnée et intemporelle que je voudrais ressembler. Pour rouler au rythme d’une vague, au soleil, sur la plage immense d’une île déserte.

